Une approche peu honnête

Réponse à Alain Marchadour sur Eden et les premiers hommes

Réponse à Malek Chebel sur Abraham le patriarche

Réponse à Jeanne Chaillet sur le Déluge

Différences entre le Noé babylonien et le Noé biblique. 

Réponse à Israël Finkelstein sur David et Salomon

Réponse à Alain Zivie sur Israël et l'Egypte

Réponse à Richard Lebeau sur la conquête de Canaan

CONCLUSION

Au Comité Editorial du Magazine HISTORIA

A propos du dossier La Bible à l'Epreuve de l'Histoire

Oui, "Ta parole est entièrement éprouvée, et ton serviteur l’aime." (Psaumes 119:140)

  Messieurs,

  Je vous écris ce courrier un peu long, je le reconnais - mais j'ai tout fait pour rester dans l'essentiel - parce que votre magazine, si sérieux au demeurant, est tombé dans le piège du marketing et de la "bienpensance" au sujet de la Bible.

  Comme chaque magazine de vulgarisation scientifique qui se respecte, vous avez décidé de faire votre une et votre dossier principal sur la remise en question de la Bible. Tout le monde sait que ce genre d'articles est très vendeur, parce qu'il respire un parfum de scandale. La science ose démolir la Bible ! La religion enfin démasquée ! Les Français en raffolent. Par contre, interroger un savant qui croit que la Bible est exacte dans le domaine historique n'est pas à la mode. Vous qui pensez faire la chasse aux idées reçues, vous tombez en plein dedans !

  Etant donc pasteur, enseignant de la Bible et curieux de tout, je me suis procuré votre magazine. Chaque fois je tombe dans le panneau, et chaque fois je suis déçu par la pauvreté des arguments et par la tromperie, je pèse mes mots, qu'ils diffusent. On nous promet les plus récentes découvertes, mais mis à part la nouvelle datation offerte par Finkelstein, les autres reprennent la vieille théorie documentaire du XIXe siècle et l'argument éculé de l'inspiration puisée dans les mythes babyloniens. Ne vous est-il pas venu à l'esprit que personne n'écrit des livres, ne publie de dossiers, ne réalise de reportages pour démontrer que l'épopée de Gilgamesh est une légende ? Pourquoi ? Parce que cela est évident au regard du texte qui nous est resté. Mais la Bible, elle, est l'objet d'articles innombrables, de thèses, d'attaques et de contre-attaques pour en miner l'autorité. Si ce n'était qu'un tissu de légendes, pourquoi cet intérêt et cet acharnement ?

  L'ironie de la chose, c'est que plus la Bible est rabaissée au rang de légende juive, plus on en parle dans le monde entier ! En tant que pasteur, je puis vous dire que la Bible, ancien et nouveau testament, continue de transformer des vies autour de moi et garde heureusement son autorité spirituelle. Comme a pu le souligner Jacques Noël Pérès, la Bible demeure le livre le plus traduit et le plus diffusé au monde, et ce n'est pas le cas des mythes babyloniens ou hindous ! La Bible est un livre unique par le nombre incommensurable de noms propres, de renseignements topographiques, de repères de datation, de mots étrangers et de détails historiques qu'il contient. On ne peut pas rejeter impunément le livre sur lequel des hommes de toutes races, de tous temps et de toute condition ont basé leur vie, le livre qui transforme aujourd'hui encore des orgueilleux en humbles saints, qui change des insensés blessant en sages qui bénissent leur prochain, qui remplit des cœurs vides et les rend débordant d'amour.

  Je n'entrerai pas ici sur le terrain de la foi, cette conviction que Dieu existe, qu'il est le créateur de toutes choses et que tout homme sera un jour appelé en jugement devant Lui, mais je m'efforcerai de rester sur le terrain historique. Mes questions sont les suivantes :

- Ce dossier sur la Bible est-il honnête ?

- Est-il représentatif des convictions des principaux historiens, théologiens et archéologues ?

- Est-il convaincant du point de vue intellectuel et historique ?

  A ces trois questions, je dois répondre "NON". Ce dossier n'est pas intellectuellement honnête parce qu'il ne présente qu'un point de vue – même si vous faites appel à plusieurs intervenants – et ne tient pas du tout compte de l'autre point de vue. Il fait croire au néophyte que les recherches ont définitivement retiré à la Bible sa valeur historique. Permettez-moi de le contester à l'aide de grands historiens et archéologues. C'est pourquoi, ce dossier n'est pas non plus représentatif puisqu'il passe sous silence les travaux de savants à l'avis opposé. A votre décharge, il faut reconnaître qu'il y a en a peu en France. Mais vous faites bien appel à Israël Finkelstein, un chercheur israélien. Et pourquoi pas Amihai Mazar, aussi compétent que lui mais qui soutient des thèses différentes ? Ce parti pris enlève toute crédibilité à votre dossier, à moins d'être un néophyte dans ce domaine (ce qui est le cas de la plupart de vos lecteurs, j'imagine). Et c'est là qu'il y a tromperie : profitant de l'ignorance du public français au sujet de la Bible, vous leur assénez des vérités du genre "une bonne partie de l'Ancien Testament relève de la légende."

Pour finir, la position des théologiens qui ont participé à ce dossier est contradictoire. Tout en reconnaissant une sagesse à la Bible, ils s'amusent presque à dévaloriser ses éléments historiques. Or, si les écrivains de la Bible ont menti à leurs lecteurs en leur faisant croire que l'histoire du petit peuple juif était lié à une révélation extraordinaire de Dieu, je ne vois pas quelle sagesse ils pourraient nous apporter ! Des menteurs ne sont pas dignes de foi, et le Dieu qu'ils présentent doit être imaginaire. Mais ce serait le chômage pour ces théologiens !

  Je serais heureux que vous puissiez transmettre les réponses qui suivent aux auteurs des articles. Je respecte leur travail et je souhaite qu'ils lisent de leurs yeux un autre côté des choses. Bien sûr, je ne suis ni historien, ni archéologue, ni docteur en théologie. Mais si un amateur comme je le suis, est capable de donner une réponse sensée et circonstanciée aux affirmations de chercheurs beaucoup plus pointus que moi, c'est que leurs évidences sont plus faibles qu'il n'y parait.


Une approche peu honnête

Ce dossier ne me paraît pas honnête parce qu'il se présente comme une conclusion scientifique imparable et définitive. Le néophyte à qui l'on ne présente qu'un côté des choses, sera conforté dans son scepticisme ou ébranlé dans sa foi aux Ecritures, selon qu'il est incroyant ou croyant. Je pensais que la méthode d'un historien était de considérer tous les côtés d'un événement ou d'une interprétation. Ce n'est pas l'esprit qui vous a animé dans ce cas précis.

  Les séminaires catholiques et les facultés protestantes, en osmose avec les universités, promeuvent depuis longtemps les thèses de la Haute Critique, inaugurées à la fin du XIXe siècle et pourtant contredites maintes fois, par des recherches sérieuses. En France, de grands noms comme Jean Astruc (18e siècle), Ernest Renan (19e s.) ou Jean Bottéro (20e s.) ont réussi à faire triompher la vision déiste de la Bible, c'est-à-dire dénuée de surnaturel. En êtes-vous conscients ? Car le déisme est un choix philosophique et non scientifique.

  Les auteurs qui s'expriment dans votre dossier sont tous partisans d'une lecture minimaliste de la Bible. Les conclusions des inerrantistes (qui croient que le texte biblique est exact dans tous les domaines, historiques comme spirituels) sont ignorées ou méprisées comme appartenant au moyen-âge. Vos préjugés philosophiques - et non scientifiques - sont si forts que vous ne réalisez plus qu'il y a moins de réflexion et d'approche scientifique que de procès à charge. On se croirait au XIXe siècle, quand les premiers "modernistes", tout émoustillés devant les livres de Darwin ou de Hegel, commencèrent à relever tous les éléments soi-disant légendaires de la Bible, dont l'existence de Sargon, des Hittites, de Ninive ou de Belchazzar. Comme l'écrivait Joseph P. Free, ancien responsable du Département d'Archéologie à Wheaton et auteur de nombreux livres dont Archeology & Bible History (Archéologie et Histoire Biblique) :

"Les découvertes archéologiques ont montré que Sargon exista et vécut dans un palais à 20 kms au nord de Ninive, que les Hittites formaient non seulement un peuple réel, mais assez important, que l'arrière-plan des patriarches correspond exactement à l'époque indiquée par la Bible, que le concept d'un chandelier à 7 branches existait bien au premier âge du fer, qu'un Belchazzar exista et régna sur Babylone, et que toute une flopée d'erreurs et de contradictions supposées ne sont pas du tout des erreurs." (in Archeology and Higher Criticism, Bibliotheca Sacra 114, 1957, p.30-31).

Même si l'archéologie du Moyen-Orient a beaucoup avancé depuis, et que les découvertes n'ont pas été aussi nombreuses que le pensaient les défenseurs de la Bible, il reste encore des millions de sites à découvrir. Le fait qu'on n'ait pas trouvé confirmation dans l'archéologie de chaque personnage du texte biblique n'est pas suffisant pour le rejeter. En fait, s'il existe assez peu de preuves directes de l'existence d'Eden, de la Tour de Babel, du Déluge, des patriarches, de Moïse, de l'Exode, de Josué, David et Salomon, il en existe quelques unes, et surtout des milliers d'évidences indirectes contenues dans les tablettes (Ebla, Tell El Amarna, Nuzi, etc.), les archives et les vestiges. Comparativement à d'autres personnages célèbres de l'histoire, même plus récents, les évidences en faveur de l'historicité du texte biblique sont assez nombreuses.

 

Réponse à Alain Marchadour sur Eden et les premiers hommes

Alain Marchadour est un exégète qui considère que la science démontre le caractère légendaire de plusieurs récits de la Bible. Mr Marchadour, comme il l'indique dans sa biographie disponible sur Internet (http://www.univete-assomption.org/2001/preparation/ marchadour_bio.htm) est exégète mais pas historien ou archéologue. C'est donc en tant qu'étudiant du texte qu'il donne son opinion. J'aimerais de mon côté répondre à ses interprétations par celles, opposées, de deux autres savants. Gleason Archer, docteur en théologie d'Harvard, spécialiste des langues sémitiques, de l'archéologie et de l'égyptologie (sa biographie : http://www.wheaton.edu/bgc/archives/GUIDES/412.htm#3) , auteur d'une monumentale Introduction à l'A.T. (Editions Emmaüs, St-Légier, Suisse) et Kenneth Kitchen, professeur honoraire d'Egyptologie et chercheur à l'Ecole d'Archéologie, de Classiques et d'Etudes Orientales à l'université de Liverpool (http://www.liv.ac.uk/sace/people/research_staff/kitchen.htm), auraient, eux, apporté des éléments factuels qui prouvent que le texte biblique est parfaitement inséré dans son contexte historique.

 Argument n°1 : On n'a pas retrouvé le jardin d'Eden, et le texte biblique contient des éléments symboliques.

  Le fait qu'on n'ait pas retrouvé ce lieu et certains fleuves qui l'entouraient n'est pas la preuve qu'il n'a jamais existé. Le texte montre que ce jardin de délices (sens du mot hébreu eden) se trouvait dans le fameux croissant fertile de Mésopotamie. Or, la plupart des ethnologues attribuent la naissance de la civilisation à cette partie du monde. C'est dans cette région que l'écriture prit essor et que se trouvent les plus anciennes villes du monde. De plus, il existe un site près de l'antique ville d'Ur, appelé Abu Sharem ou Eridu, qui est connu depuis la nuit des temps comme le site du premier homme. Les textes babyloniens en parlent, notamment le prisme de Weld qui dit que les 2 premiers rois sumériens y régnèrent.

Argument n°2 : La découverte de l'Épopée de Gilgamesh à Ninive, dont certains éléments se rapprochent de la Genèse, prouve qu'Adam et Eve appartiennent au mythe.

En comparant les descriptions sumériennes du Paradis avec celui de la Genèse, on trouve en effet des points communs : un lieu d'abondance et de délices, à l'est, avec des arbres. Mais pour le reste, tout est différent. On a retrouvé plusieurs représentations d'un couple autour d'un arbre avec un serpent et qui datent de 2000 avant notre ère. Le plus connu est un sceau cylindrique babylonien du XXe siècle avant notre ère et conservé au British Museum.

Comme pour le Déluge, l'existence de traditions diverses décrivant un même événement est troublante. Les uns l'interprètent comme un mythe repris par d'autres peuples, et les autres ont tout autant le droit de l'interpréter comme l'évidence d'un fait réel unique raconté de diverses manières. Mais cela ne leur est jamais accordé. L'évidence génétique est pourtant incontournable : l'être humain a commencé avec 1 couple, quel que soit son nom !

Argument n°3: La paléontologie moderne et ses hommes préhistoriques démontre que l'humanité n'a pas commencé avec Adam.

Au risque de vous choquer, l'existence des hommes dits "préhistoriques" peut être remise en question, si l'on considère les points suivants :

- leur classification en "hommes préhistoriques" ou "hominidés" est purement théorique et se base sur les présupposés de la Théorie de l'Evolution formulée par Darwin.

- les méthodes de datation, qui peuvent donner des résultats de plusieurs millions d'années, sont tout à fait discutables : parce qu'elle reposent sur la théorie de l'Evolution en utilisant des fossiles-index pour dater les roches ; ou parce qu'elles reposent sur un présupposé uniformitariste qui date du géologue Charles Lyell au XIXe siècle et qui est remis en question par des géologues sérieux qui raisonnent en termes de catastrophisme; parce qu'elles donnent des résultats qui peuvent différer de plusieurs millions d'années ; parce que la méthode au Carbone 14, assez fiable en archéologie, est impuissante à donner un résultat probant au-delà de 5000 ans.

- les mensonges et les trucages de grands anthropologues ont démontré que leurs évidences sont parfois tellement faibles qu'ils doivent recourir à des manipulations pour les rendre acceptables. Voir l'homme de Piltdown, du Nebrasaka, de Java, etc… Chaque nouvel ancêtre de l'humanité - qu'il soit Lucy en 1974 ou Toumai en 2002 ou Floresiensis en 2004 – est forcément le véritable chaînon manquant et remet en question toute les théories précédentes, et surtout donne une gloire momentanée à son découvreur. On finit souvent par le classer parmi les singes – le squelette, pas le découvreur ! L'homme de Néanderthal est une exception qui a suivi un parcours inverse : présenté comme un chaînon manquant, un homme-singe tout poilu, on a finalement découvert qu'il était un véritable homo sapiens sans rapport avec les singes.

- Darwin reconnaissait lui-même que les fossiles ne corroboraient pas sa théorie : "Pourquoi donc ne trouve-t-on pas de ces liens intermédiaires dans chaque strate et dans chaque formation géologique ? La géologie ne révèle pas, en effet, de chaîne organique aussi finement graduelle; et cela constitue peut-être la plus sérieuse objection que l'on peut opposer à la théorie. L'explication repose, je le crois, sur l'extrême imperfection du témoignage géologique." (De l'Origine des Espèces, chap. 10, 1859). Depuis 1859, le témoignage géologique s'est considérablement augmenté – de plusieurs millions de fossiles découverts – et il n'y a toujours pas de traces de formes intermédiaires ! Les fossiles se concentrent d'ailleurs sur la période cambrienne (roches sédimentaires) et apparaissent soudainement sous des formes complexes.

Réponse à Malek Chebel sur Abraham le patriarche

Malek Chebel est un anthropologue spécialiste de l'Islam et de la psychanalyse. Cela explique sans doute que ses arguments soient d'une faiblesse affligeante.

: Abraham est une légende parce qu'il est trop vieux quand Dieu l'appelle et lui donne un enfant !

Partant de présupposés philosophiques, Mr Chebel pense qu'Abraham est légendaire parce qu'il a dépassé la limite d'âge moyenne de l'époque. S'il avait étudié l'âge de personnages historiques connus, il aurait vu que cela n'était pas impossible. La naissance d'Isaac d'une Sara stérile et trop âgée pour concevoir est présentée comme un miracle de Dieu. La question devient à ce moment philosophique et non plus historique : ou l'on croit aux miracles et cela est possible, ou l'on n'y croit pas et toute la Bible est à jeter.

Argument n°2 : Abraham est une figure tardive qui a servi à mettre en place la "tradition abrahamique".

Il ne prouve pas ce point, d'autant que plusieurs livres de l'A.T. le reconnaissent comme historique (Néhémie 9/7; Psaumes 105/9; Esaïe 51/2; Jérémie 33/26; Ezéchiel 33/24, etc.). Il oublie en outre que depuis le premier verset de la Genèse jusqu'au dernier des prophètes ou même de l'Apocalypse, la foi biblique est monothéiste. Le monothéisme n'a pas commencé avec Abraham !

Argument n°3 : Les chameaux n'étaient pas domestiqués au temps d'Abraham.

  Israël Finkelstein est catégorique : Abraham et les autres n'ont jamais existé, comme le prouve la fameuse histoire des chameaux qui n'auraient été domestiqués que 900 ans après Abraham alors que la Bible les mentionne à son époque (Genèse 12/16). Cela fait longtemps, pourtant, que des gravures de Mésopotamie ont été retrouvées qui dépeignent des hommes montant des chameaux (voir article de J.P. Free sur "Les Chameaux d'Abraham", Journal of Near Eastern Studies,1944). Un sceau syrien du 2e millénaire exposé à la Walters Art Gallery dépeint un chameau à 2 bosses monté par deux hommes.  

Réponse à Jeanne Chaillet sur le Déluge

Argument n°1 : On a retrouvé des mythes du déluge universel dans des textes sumériens, akkadiens et surtout babyloniens comme l'épopée de Gilgamesh. Cela prouve que la Bible s'en est inspirée.

Elle a l'honnêteté de ne pas aller trop vite à la conclusion que la Bible s'est inspirée de ces textes, et d'ajouter qu'un fond commun oral a pu exister antérieurement.

La légende de la photo d'une tablette babylonienne est, elle, moins prudente : elle parle de "source du mythe", alors qu'il n'est pas du tout prouvé que le Déluge soit un mythe et encore moins que l'épopée de Gilgamesh en soit la source !

La découverte de récits du Déluge dans les traditions du monde entier est étonnante. Pourquoi un petit déluge local en Babylonie aurait suscité un engouement mondial? 

En Inde, les Lois de Manu parlent d'un Déluge qui doit recouvrir la terre, et le poisson qui parle demande que Manu construise un bateau. Manu est le seul survivant et son bateau amerrit sur les montagnes du Nord. En Chine, le livre de Li-Kio décrit un cataclysme terrestre suivi d'un Déluge qui punit l'humanité rebelle envers le Ciel. L'idéogramme chinois ancien désignant un bateau est un composé de trois : vaisseau-huit-bouches. Curieusement, les survivants du Déluge sont au nombre de huit selon la Bible... En Angleterre, les Druides ont transmis également une histoire de Déluge à cause d'une surpopulation de la terre. Les Grecs anciens possédaient au moins 5 différentes traditions sur le Déluge dont la plus connue était celle de Deucalion. Zeus menaçant de détruire la terre par un Déluge, Prométhée avertit son fils Deucalion de construire un vaisseau pour y échapper. Ce dernier s'échoua sur une montagne de Thessalie. Il me manque le temps de parler des traditions amérindiennes, égyptiennes et autres… Ces traditions ne sont pas toujours sous forme de légendes, comme l'indique le Prisme de Weld qui donne la liste des rois sumériens avant et après le Déluge !

Les points communs entre ces récits sont frappants : le Déluge est un jugement de Dieu qui frappe la terre entière et dont ne se sauve qu'un homme grâce à l'arche qu'il a construite. Son bateau échoue invariablement sur une montagne d'où il repeuple la terre. Il n'existe pas de légende aussi répandue sur la terre avec autant de points parallèles ! Si le Déluge n'avait été qu'une légende ou une inondation locale, comment a-t-elle pris autant d'importance parmi les tribus de l'humanité ?

Si l'on s'en tient à la chronologie biblique, Noé vivait avant la rédaction de l'épopée de Gilgamesh. Son histoire a donc précédé celle des héros sumériens et akkadiens.

Le texte babylonien du Déluge avec son Noé appelé Utnapishtim contient un certain nombre de différences avec le texte biblique. Elles auraient mérité d'être relevées.

Différences entre le Noé babylonien et le Noé biblique.

- Dans l’épopée de Gilgamesh, le Déluge n’est qu’un récit ajouté, accessoire et ne constitue pas du tout l’essentiel de l’histoire. Dans l‘histoire de Noé, le Déluge est central.

- Un argument qui montre que la Genèse n’a pas copié l’Épopée de Giglamesh est celui-ci : Moïse a écrit la Genèse aux alentours de 1500 avant J.C., soit au moins 500 ans après les récits babyloniens. Pourtant, le Déluge biblique est assez différent, plus court et plus réaliste; de plus, il est monothéiste; il présente le Déluge comme un jugement moral de Dieu et non un caprice. Ces différences montrent qu'il s'inspire d'une source différente (je crois que c'est Noé lui-même qui a transmis le récit), même s'il fait référence au même événement.

- Les dieux babyloniens envoient un déluge parce qu’ils sont lassés par les bruits que font les hommes (!). En Genèse 6, nous voyons que « toutes les pensées du cœur de l’homme se tournait chaque jour exclusivement vers le mal » et que l’humanité était presque totalement corrompue par des relations entre démons et femmes humaines;

- Les dieux babyloniens cherchent à cacher leur projet aux hommes et à Utnapishtim. En Genèse, Dieu avertit Noé clairement. D’autres sources juives précisent que Noé fut un prédicateur de justice, appelant sans doute les hommes à se repentir et à le suivre dans l’arche de leur salut;

- Utnapishtim est sauvé par la ruse d’un des dieux qui agit en opposition avec l‘assemblée des Dieux. Noé est sauvé parce qu‘il est le seul homme fidèle qui reste sur terre;

- Le bateau babylonien est un immense cube de 61m de côté, peu propice à sauver la vie des êtres vivants qui l'habitent au milieu de flots en furie. L’arche de Noé a les proportions d’un navire moderne (style pétrolier), extrêmement stable de par sa longueur.

- Le déluge babylonien dure 7 jours et on ne sait pas combien de temps l’eau met à disparaître. En Genèse, le Déluge dure 40 jours et les eaux mettent cent cinquante jours à se retirer (ce qui est plus réaliste);

- Utnapishtim envoie d’abord une colombe, puis une hirondelle puis un corbeau qui ne reviendra pas. Noé envoie d’abord un corbeau qui ne revient pas et une colombe qui revient une fois avec une branche d’olivier et qui ne revient pas la seconde fois. Ce détail est très révélateur qui prouve que la Genèse n’est pas copiée sur l’Épopée de Gilgamesh. Il est logique de lâcher le corbeau d’abord (il peut se nourrir de charogne et de détritus flottant à la surface des eaux) et la colombe ensuite (elle ne se nourrit que de graines) car elle ne pourra survivre que si les eaux sont parties.

- Le héros mésopotamien quitte le bateau de son propre chef. Noé ne quitte absolument pas le bateau avant que Dieu le lui ait permis (Gen.8:15).

- Les dieux babyloniens entourent le sacrifice d’Utnapishtim « comme des mouches » et se querellent encore. Tandis que l’Eternel agrée le sacrifice de Noé et le bénit.

- Il faut encore préciser qu’il existe plusieurs versions d’un déluge au Moyen-Orient (le Mythe d’Atrahasis au 17e siècle avant J.C., un récit sumérien du 16e siècle, un récit du Déluge à Ougarit, sur la côte syrienne ainsi qu’à Meggido en Israël). Ces versions contiennent des différences notables, des rajouts ou des soustractions, qui font de l'Epopée de Gilgamesh l'un des récits déformés de la tradition.

Le récit biblique, lui, est unique, bref, et réaliste. Madame Chaillet, au lieu de donner du crédit au récit biblique, prend le parti opposé, suivant ainsi un préjugé philosophique et non le faisceau d'évidences en sa possession.

La géologie aurait son mot à dire dans les évidences d'un déluge mondial, mais cela serait du ressort de Sciences et Vie et non d'Historia. Même si les géologues dans leur ensemble suivent la thèse d'une sédimentation uniforme pendant des millions d'années, certains parmi eux se demandent si les roches sédimentaires, présentes en tout point de la terre, ne proviendraient pas d'un cataclysme global. Les champs fossiles, qu'ils contiennent du pétrole, du gaz, du charbon ou des restes d'animaux, témoignent aussi d'un cataclysme violent et soudain à partir de l'eau.

Argument n°2 : "Ce qui est certain, c'est que la rédaction finale de la version biblique du Déluge est contemporaine de la déportation des juifs à Babylone (VIe siècle avant notre ère)"

  C'est la Théorie Documentaire (popularisée par Julius Wellhausen, 1844-1918) qui l'affirme, sur des considérations philologiques arbitraires. C'est là que la bibliste, formée dans les facultés théologiques libérales se fait jour. Selon cette théorie, le Pentateuque aurait été écrit par plusieurs écrivains - dont l'un des derniers, le rédacteur, vivait à l'époque de la déportation à Babylone – reconnaissables à l'utilisation différente du nom divin qu'ils emploient. Cette théorie a été maintes fois démontée par des biblistes sérieux (Johannes Dahse, Harold Wiener, B.D. Eerdmans), surtout par ceux qui ont comparé l'utilisation de ces noms dans le Texte Massorétique et dans la Septante. Les biblistes de tendance libérale, néanmoins, s'y réfèrent toujours, alors qu'elle affirmait de façon définitive que l'écriture n'existait pas au temps de Moïse ! On a, depuis, abandonné cette idée.

Mr Gleason Archer a recensé les problèmes de cette théorie documentaire : 

"Elle est caractérisée par une sorte de cercle vicieux; elle a tendance à poser sa conclusion (la Bible n'est pas une révélation surnaturelle) comme prémisse fondamentale. Au dix-huitième siècle, cette prémisse fut un article de foi pour beaucoup d'intellectuels occidentaux; elle était implicite dans la philosophie déiste d'alors. Malheureusement, elle a rendu impossible tout examen impartial des témoignages scripturaires concernant une révélation divine. (…) La théorie de Wellhausen est prétendument basée sur les témoignages du texte lui-même. Cependant, ces témoignages sont constamment éludés toutes les fois qu'il leur arrive de contredire la théorie. (…) Selon ses partisans, les auteurs hébreux différeraient de tous les autres écrivains connus de l'histoire de la littérature; eux seuls n'auraient pu employer plus d'un nom pour désigner Dieu, ni varier leur style, quel que soit le sujet. (…) Si ce point de vue est exact, un auteur comme Victor Hugo n'aurait vraiment pas pu écrire à la fois des poèmes lyriques comme Les Contemplations, des œuvres épiques comme La Légende Des Siècles, dramatiques comme Hernani, satiriques comme Les Châtiments, ainsi que des romans comme Notre-Dame de Paris." (Introduction à l'A.T., chap. 8, p.115-116, Editions Emmaüs).

Mais alors, comment Mme Chaillet peut-elle utiliser le mot "certain" pour désigner les conclusions controversées d'une théorie ! Elle met plus de foi en une théorie toute humaine que dans le livre qui s'appelle la Parole de Dieu. C'est évidemment son choix et je le respecte. Mais pourquoi est-elle bibliste, alors ? Elle devrait plutôt étudier les philosophes modernes dont les pensées sont forcément plus évoluées que celles des auteurs bibliques.

Sa conclusion

"En théologie, la vérité est au-delà de la réalité. Peu importe la trame du récit, on ne le dira jamais assez : la Bible n'est pas un reportage, c'est un enseignement."

 Il est tout à fait exact de dire que la Bible ne se veut pas un reportage, un livre d'histoire sans autre but que de raconter des faits historiques. La Bible se présente comme la révélation de Dieu, le Créateur, et demeure essentiellement théologique.

Mais il y a un problème avec cette vision de la Bible : contrairement aux mythes et légendes des autres peuples, la Bible est remplie de noms de lieux, de personnes et d'éléments chronologiques réels. S'il est vrai qu'elle révèle, dans sa structure, des éléments poétiques, et symboliques qui donnent un sens théologique aux événements décrits, elle prend pour base des événements présentés comme historiques. La religion biblique est la seule qui prétend fonder les racines de la foi dans des événements historiques. Si, comme le croient Mr Lebeau ou Mme Chaillet, les éléments historiques ne sont que des légendes, on se doit de demander quel crédit on peut accorder aux préceptes moraux et spirituels de la Bible ! En d'autres termes : si elle est le fruit de l'imagination des hommes, sa sagesse ne vaut pas mieux que la sagesse de ma grand-mère, toute relative. Les 10 commandements n'ont aucune valeur, et l'existence d'un Dieu créateur doit être rejetée.

Si les auteurs de la Bible ont voulu faire croire que leur religion venait de la nuit des temps en inventant une mythologie à partir d'autres textes anciens, ils sont des menteurs et des manipulateurs et leur texte n'a aucune valeur de sagesse. De telles théories peuvent même mener à un antisémitisme larvé (ou provenir de là) : "ces petits éleveurs juifs qui, jaloux de ne pas être un peuple civilisé comme les autres, s'inventent une histoire glorieuse pour devenir importants !..."  

Israël Finkelstein, David et Salomon

Israël Finkelstein, archéologue renommé, surtout depuis la publication de son livre La Bible Dévoilée, est le leader d'une école qui défend une "chronologie basse" et que l'on appelle aussi "minimaliste" au sens où elle considère que David et Salomon étaient des de simples chefs de tribus, s'ils ont jamais existé.

Avant d'examiner les évidences qu'il apporte, rappelons que d'autres archéologues aussi éminents, comme Amihai Mazar, Ephraim Stern, ou William Dever, s'opposent à cette interprétation et apportent des arguments tout à fait intéressants. Il est remarquable que vous citiez Finkelstein, qui n'est pourtant pas francophone (même si son livre a été traduit en français), et que vous délaissiez d'autres historiens ou archéologues israéliens ou américains de même gabarit qui soutiennent une thèse contraire. Kenneth Kitchen vient de publier une réponse très poussée aux conclusions de Finkelstein : "On the Reliability of the Old Testament" (Eerdmans Publishing Company, Michigan USA, Cambridge UK) mais il n'aura pas droit à la parole en France car il est religieusement incorrect de croire que la Bible est inspirée par Dieu tout en étant scientifique.

Mr Finkelstein, en scientifique honnête, reconnaît que David et Salomon étaient des personnages historiques, comme la découverte de Tel Dan l'a prouvé. Il reconnaît également que les fouilles sur le règne de Salomon sont difficiles puisque la plupart devraient se concentrer sur Jérusalem et le mont du Temple, sites presque intouchables.

Argument principal : Contrairement aux conclusions des archéologues précédents (comme Ygael Yadin), les sites de Meguiddo et de Jérusalem ne présentent pas, à l'époque de Salomon (Xe siècle), de traces d'un grand empire unifié et puissant. C'est seulement au VIIIe siècle qu'apparaissent des traces d'alphabétisation, de production massive de poterie et de structures de la société.

C'est là une discussion de spécialistes qui me dépasse. Le débat porte sur les datations. Comme il le précise dans son article, Finkelstein remet en cause les datations de tous les archéologues précédents. Une fois cela fait, il lui est facile de dire qu'il n'y a pas de traces d'un royaume en expansion à l'époque redéfinie.

Les arguments de Finkelstein ont été examinés par les autres archéologues. Ils y ont apporté des réponses. Ils se sont d'ailleurs tous réunis en octobre 2004 au Centre d'Oxford des Etudes Juives et Hébraïques pour en débattre amicalement. Chacun est resté sur ses positions.

Je mentionnerai pour étude le chapitre que Kenneth Kitchen y consacre au moins 20 pages dans son dernier livre On The Reliability of the Old Testament (Editions Eerdmans, 2003).

 

Réponse à Alain Zivie sur Israël et l'Egypte

Alain Zivie est un égyptologue, donc tout à fait qualifié pour parler de l'Egypte et de sa relation avec les Hébreux. Il manifeste l'esprit d'un chercheur en ne tirant pas de conclusions hâtives du fait qu'on n'ait retrouvé aucun élément probant en Egypte concernant Joseph, Moïse ou l'Exode. Il met en garde contre ceux qui concluent que tout cela n'est qu'un mythe, ou contre ceux qui bâtissent des hypothèses rocambolesques, comme Roger Sabbah dans son livre "les secrets de l'Exode" qui affirme que les Hébreux étaient égyptiens. Comme un véritable scientifique, il nous met donc en garde contre les extrapolations, les simplifications et les manipulations. Tout le monde devrait suivre ses conseils.

Argument n°1 : "Ce récit a été conçu et rédigé longtemps après les événements qu'il relate".

On retrouve encore la Théorie Documentaire derrière cette affirmation gratuite ! Pourtant, les noms égyptiens utilisés dans l'histoire de Joseph (livre de la Genèse) et de Moïse (livre de l'Exode) correspondent à une réalité, ainsi que le nom des villes et les éléments culturels (accueil d'étrangers pour les pâturages en temps de famine, greniers à blé, emploi d'esclaves pour les constructions, fabrication industrielle de briques, importance des boulangers, etc…). Les dix plaies doivent être liées aux divinités égyptiennes et notamment à Hopi, le dieu du Nil, censé apporter la vie et qui par la main de Yahvé apporte la mort. En résumé, le texte biblique ne comporte pas d'anachronismes, ce qui milite plutôt en faveur d'une rédaction de l'époque. Il n'est pas étonnant que la défaite de Pharaon ne soit mentionnée nulle part puisque aucune défaite n'a jamais été reconnue par aucun Pharaon ! La présence de sémites en Egypte est désormais bien attestée à travers le règne des Hyksos pendant la 15e dynastie. La datation des dynasties égyptiennes est âprement discutée par les égyptologues qui se séparent en deux camps principaux.

Argument n°2 : Le monothéisme des Hébreux est le fruit d'une longue évolution, depuis l'époque patriarcale jusqu'aux prophètes.

Alain Zivie reprend ici la vision évolutionniste des religions, expliquant qu'elles commencent avec l'animisme, puis évoluent en polythéisme, se rigidifient en monothéisme pour aboutir, au siècle des lumières au déisme voire à l'athéisme.

Cette vision est contredite par le texte biblique qui est monothéiste depuis la première page jusqu'à la dernière. Abraham appartenait à une famille idolâtre, certes, mais les croyants au Dieu Très-Haut existaient avant lui et de son vivant, comme Melchisédek par exemple.

De plus, il faut expliquer pourquoi l'Hindouisme, par exemple, n'a pas évolué en monothéisme depuis des siècles.

 

Réponse à Richard Lebeau sur la conquête de Canaan

Richard Lebeau, historien connu pour son Atlas des Hébreux, connaît bien son sujet. Il reconnaît au moins qu'il existe "différents scénarios" sur la conquête de Canaan par Israël. Mais le scénario biblique, lui, est d'emblée écarté. Pourquoi ?

Argument n°1 : La plupart des historiens prennent le texte biblique… pour une pieuse légende. Canaan était sous contrôle égyptien et que la Bible n'en parle pas.  

C'est vrai que le texte biblique n'en parle pas. Une explication simple est donnée par Cyrus Gordon et Gary Rendsburg dans leur ouvrage classique The Bible an the Ancient Near East (Norton & Company, London, 1997, 4e édition). En faisant référence aux fameuses lettres de Tell El Amarna, écrites par des vassaux des pharaons Amenophis III et son fils Akhenaton, ils notent qu'Amenhotep IV (ou Akhenaton), qui régna de 1378 à 1352, délaissa les territoires sous tutelle (dont Canaan) pour se consacrer à sa réforme religieuse. Cela expliquerait l'absence des égyptiens dans le livre de Josué.

De plus, on a tendance à penser, par une lecture superficielle de Josué, que les israélites se sont emparés de toutes les villes de Canaan en les détruisant. Richard Lebeau conclut le récit biblique par : "La victoire israélite est totale. Maintenant, les Hébreux sont les maîtres de la Terre Promise…"(p.64) Cela est contredit par Josué 13/1 : "Josué était vieux, avancé en âge. L’Eternel lui dit alors: Tu es devenu vieux, tu es avancé en âge, et le pays qui te reste à soumettre est très grand." (version NEG, Nouvelle Edition de Genève). Les israélites ont détruit quelques villes mais ont surtout éliminé les roitelets de Canaan pour pouvoir s'installer tranquillement dans le pays. Le livre des Juges montre bien qu'une grande partie des Cananéens étaient toujours là après la mort de Josué.

            Argument n°2 : Les archéologues" disent que la plupart de ceux qui ont constitué le premier noyau d'Israël étaient des gens du cru.

Mr Lebeau mentionne, sans la nommer malheureusement, la "théorie de l'émergence", qui soutient que les israélites sont des cananéens qui se sont développés vers le 12e siècle avant notre ère. Tous les archéologues ne défendent pas cette thèse, loin de là! C'est pourtant ce qu'on croirait en le lisant… C'est cette attitude que je réprouve, de présenter une théorie comme un fait admis par tous sans présenter de contradiction. Car la contradiction existe et vient entre autres de la stèle de Merenptah (1220 avant notre ère) qui montre qu'au 13e siècle Israël existait déjà en tant que nation.

En voici le texte : " Les princes se prosternent en disant : Pitié! Personne ne relève la tête parmi les Neuf Arcs. C'est la désolation en Libye; le pays des Hittites est pacifié. Canaan et tous ses méchants sont pillés. Ashkelon est emporté au loin; Gezer est prise au piège; Yanoam est comme si elle n'existait plus; Israël est dévasté, son grain n'est plus; la Syrie est devenue une veuve pour l'Egypte! Tous les pays ensemble sont pacifiés."

Le livre de Josué mentionne bien la présence de rois Philistins (parmi les peuples de la mer) en Canaan, comme le confirme Mr Lebeau; il mentionne des villes qui existaient bien à cette époque; un certain nombre de ces villes ont été détruites soudainement, comme le confirme l'archéologie. Les tablettes de Tell El Amarna ont également confirmé que le livre de Josué correspondait culturellement à son époque, notamment à l'invasion des Philistins et la présence d'Hapirous (des Hébreux ?), ces étrangers qui troublaient les rois cananéens.

CONCLUSION

En conclusion, je dirais que 60% de la matière de votre dossier est de la poudre aux yeux. Bien que certains auteurs soient plus nuancés dans leurs conclusions que les légendes de votre magazine, ils ne sont jamais placés en contradiction avec d'autres savants.

On n'y suit pas une démarche scientifique mais des interprétations, souvent fondées sur l'absence de traces archéologiques. On l'a vu souvent avec la Bible, l'absence actuelle de preuves archéologiques ne constitue pas une preuve que tout est légendaire.

L'étude des évidences internes (emploi de mots de l'époque, noms propres, coutumes, absence d'anachronismes involontaires, etc.) appuie le fait que les auteurs ont vécu de près les événements racontés, et n'ont pas cherché à réaliser une saga à la gloire d'Israël. Car il faut reconnaître que la Bible n'est pas tendre avec ses héros. Mis à part Joseph et Daniel, qui sont présentés sans fautes, tous les héros sont des hommes faillibles, pris par le doute ou le découragement, joyeux et tristes, courageux et lâches.

Votre article parle de "découvertes récentes" mais mis à part Finkelstein et sa nouvelle datation, les autres suivent la vieille et surannée théorie documentaire qui invente des écrivains juifs tardifs inventant une histoire épique à leur peuple. Or, Israël n'est pas spécialement glorifié dans la Bible, mais plutôt le Dieu vivant qui l'a appelé à Lui :

 “Ce n’est point parce que vous surpassez en nombre tous les peuples, que l’Eternel s’est attaché à vous et qu’il vous a choisis, car vous êtes le moindre de tous les peuples. Mais, parce que l’Eternel vous aime, parce qu’il a voulu tenir le serment qu’il avait fait à vos pères, l’Eternel vous a fait sortir par sa main puissante, vous a délivrés de la maison de servitude, de la main de Pharaon, roi d’Egypte. Sache donc que c’est l’Eternel, ton Dieu, qui est Dieu. Ce Dieu fidèle garde son alliance et sa miséricorde jusqu’à la millième génération envers ceux qui l’aiment et qui observent ses commandements.” (Deutéronome 7:7-9 NEG)

Ce passage à lui tout seul suffit à démontrer que les juifs n'ont pas cherché à s'inventer une histoire glorieuse. Toute la gloire revient à Dieu.

En tant qu'hommes, croyants ou pas, il nous faut choisir de croire en la seule raison humaine qui n'accepte pas l'idée d'un Créateur, d'un jugement, de miracles et d'élection d'un peuple, ou la parole de Dieu révélée dans la Bible. Contrairement à ce que beaucoup pensent, le fait de croire que la Bible est la parole de Dieu n'implique pas un renoncement à l'intelligence et la raison ! La foi judaïque et la foi chrétienne sont uniques au sens où elles reposent sur des faits historiques, comme l'élection d'un petit peuple pour porter le nom de Dieu – et le petit peuple juif demeure au centre de l'actualité mondiale – ou la résurrection de Jésus-Christ qui a bouleversé le monde.

Quand j'étais athée, il y a 20 ans de cela, je me persuadais qu'il était impossible de croire en Dieu, vu l'histoire tortueuse de l' Eglise et les soi-disant légendes de la Bible. Mais j'ai découvert que ma conscience coupable ne voulait pas croire en Dieu et le fuyait à travers des justifications de toutes sortes.

J'ai espoir que parmi vous certains suivront le même chemin de sincérité.

  Très cordialement,

Emmanuel BOZZI

 

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