 | |
Le chapitre 10 du Livre des Actes est
très important parce qu’il décrit la première fois où Pierre, le disciple
juif de Jésus, annonce l’Évangile à un païen, en l’occurrence, Cornelius
(ou Corneille), un centurion romain.
Le livre des Actes a été écrit par Luc.
Ceci est déduit de l’introduction du livre : " Théophile,
j'ai parlé, dans mon premier livre, de tout ce que Jésus a commencé de faire
et d'enseigner dès le commencement… " (Actes 1:1) Or, l’Évangile
selon Luc est justement adressé l’excellent Théophile : " Il
m'a aussi semblé bon, après avoir fait des recherches exactes sur toutes ces
choses depuis leur origine, de te les exposer par écrit d'une manière suivie,
excellent Théophile, afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements
que tu as reçus. " (Luc 1:3-4) Il est intéressant de noter que dans
le Livre des Actes, l’auteur commence par dire " ils " en
mentionnant les apôtres, mais à partir du chapitre 16 v.11 il utilise
" nous ". L’apôtre Paul confirme en effet la présence de
Luc, " le médecin bien-aimé ", à ses côtés (Épître
aux Colossiens 4 :14 ; 2ème Épître à Timothée
4 :11).
Luc a été reconnu comme un véritable
historien par l’archéologue anglais William Ramsay qui a étudié et
vérifié chaque élément historique de ses deux livres (l’Évangile et les
Actes). Ramsay avait commencé ses recherches avec un a priori négatif à l’encontre
des livres de Luc. Voici ce qu’il écrit dans son livre majeur, Saint Paul
The Traveller And The Roman Citizen (Londres, 1897, p.4) :
" Je puis déclarer en toute sincérité avoir conduit mes
investigations sans préjugés en faveur des conclusions que j’essaierai de
justifier devant mes lecteurs. Au contraire, j’ai entrepris mon étude dans un
état d’esprit qui était peu favorable à celles-ci, car l’ingéniosité et
le traitement apparemment exhaustif de la théorie de Tübingen m’avaient
franchement convaincu. A cette époque, ce n’était pas ma préoccupation d’examiner
le sujet minutieusement, mais depuis j’ai du reconnaître l’autorité du
Livre des Actes dur le plan de la topographie, des données anciennes et de la
société de l’Asie Mineure. Petit à petit, j’ai eu le sentiment que jusque
dans ses détails, le récit exposait la vérité. En fait, abordant l’ouvrage
avec l’idée bien arrêtée qu’il datait essentiellement du deuxième
siècle et ne reposait pas sur des données dignes de foi au sujet des
conditions prévalant au premier siècle, je suis arrivé à le considérer
comme un moyen utile pour éclaircir des questions obscures et
difficiles. "
Nous verrons trois éléments du texte d’Actes
10 :
- L’élément historique
- L’élément religieux
- L’élément spirituel
______________________
- L’élément historique.
Corneille était centurion de la cohorte
dite italienne à Césarée. Césarée était un port sur la Méditerranée en
même temps que la capitale politique de la Judée, Jérusalem étant la
capitale religieuse. A Césarée régnait le gouverneur (ou procurateur) de
Judée et demeuraient les chefs de l’armée romaine en place.
Nous apprenons en Actes 23-24 que Félix
était gouverneur à Césarée lorsque l’apôtre Paul fut arrêté. On a
retrouvé dans les fondations de l’hippodrome de Césarée des pièces de
monnaie de Félix le procurateur, et datées de 54 de notre ère.
La cohorte dite Italienne
désignait un corps d’élite composé uniquement d’Italiens, totalement
dévoués à Rome et probablement chargés de la protection du gouverneur. Si c’est
bien le cas, Corneille, qui en était le centurion, était un homme important.
Gruter mentionne une inscription romaine
dans le Forum Sempronii contenant ces mots :
L. MAESIO. L. F. POL.
RVFO. PROC. AVG.
TRIB. MIL. LEG. X. APPOLLINARIS.
TRIB.
COH. MIL. ITALIC. VOLUNT.
QVAE. EST. IN. SYRIA.
PRAEF.
FABRVM. BIS.
La cohorte italienne y est mentionnée
comme appartenant à la Dixième Légion.
L’historien Tacite parle aussi de la Italica
Legio qui prît part à la bataille de Bedriacum en 69 de notre ère.
Pierre se trouvait à Joppé, ville
portuaire à environ 17kms sud de Césarée. Il se trouvait donc à 1/2
journée de marche de Corneille.
- L’élément religieux.
Les événements relatés en Actes 10 ont
une portée religieuse immense ; ils constituent un moment charnière dans
la progression de l’Église de Jésus-Christ.
Jusque-là, les apôtres d’origine
juive ne prêchaient qu’à d’autres juifs. Par peur de se souiller, les
juifs pieux ne fréquentaient pas les païens. Ils n’allaient pas chez eux et
ne mangeaient pas avec eux. Les plus orthodoxes les appelaient même du terme
méprisant de " chiens ". En fait, ils avaient poussé trop
loin les avertissements de Yahvé. Au lieu de faire connaître le Dieu unique
qui s’était révélé à eux à toutes les nations alentours, ils ont gardé
pour eux cette foi et ont refusé de la communiquer. Ainsi, il faudra que Dieu convainque
Pierre d’aller dans la maison de Corneille pour lui annoncer l’Évangile.
Lorsque Jésus a envoyé ces premiers
disciples prêcher la Bonne Nouvelle, il leur demanda de ne parler qu’aux
juifs : " Tels sont les douze que Jésus envoya, après leur
avoir donné les instructions suivantes, N'allez pas vers les païens,
et n'entrez pas dans les villes des Samaritains… " (Matthieu 10:5)
Mais plus tard, c’est Jésus lui-même qui va en Samarie et qui guérit des
païens. Il prophétise des persécutions à venir qui permettront à ses
disciples de rendre témoignage aux païens : " vous serez
menés, à cause de moi, devant des gouverneurs et devant des rois, pour servir
de témoignage à eux et aux païens. " (Matthieu 10:18) Son ordre de
mission est : " Allez, faites de toutes les nations des
disciples, et baptisez-les… " (Matthieu 28 :19) et ses
derniers mots avant de monter au ciel sont encore plus précis :
" Mais vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur
vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la
Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. " (Actes 1:8)
Le Livre des Actes décrit en effet l’évangélisation à Jérusalem, puis en
Samarie, puis dans tout l’Empire romain. Très vite, la conversion des
païens devient prédominante par rapport à celle des juifs.
Ce n’est pas un hasard si Pierre était
à Joppé lorsque Dieu a préparé sa rencontre avec Corneille. Près de 800
ans plus tôt, le prophète juif Jonas se trouvait à Japho (Joppé) lorsqu’il
fut appelé à prêcher aux Ninivites (des païens). Il refusa et s’enfuit.
Finalement, Dieu le ramena de force et de nombreux Ninivites, y compris leur
roi, se repentirent et crurent à l’Éternel. Mais Jonas avait encore du mal
à accepter ce fait : " Il implora l'Éternel, et il dit, Ah! Éternel,
n'est-ce pas ce que je disais quand j'étais encore dans mon pays? C'est ce que
je voulais prévenir en fuyant à Tarsis. Car je savais que tu es un Dieu
compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté, et qui
te repens du mal. " (Jonas 4:2) C’est donc de Joppé, une seconde
fois, que Dieu va offrir sa grâce aux païens.
Il faudra une vision de Dieu (la nappe
remplie d’animaux purs et impurs) et un ordre (" Ce que Dieu a
déclaré pur ne le regarde pas comme souillé ") pour que Pierre
accepte de répondre aux demandes d’un centurion romain.
Corneille était un Centurion atypique.
En poste en Judée, il était devenu un croyant fervent en l’Éternel, le
Dieu d’Israël ! Les romains méprisaient normalement les juifs, y
compris leur Dieu. Ils considéraient que leurs nombreuses divinités
dépassaient largement Yahvé. Leur domination militaire et culturelle ne
faisait qu’appuyer cette idée. Pourtant, la fierté des Hébreux, la
sainteté de leur Dieu unique ne pouvaient manquer d’attirer cet homme droit.
Il était tombé amoureux d’Israël au point de donner beaucoup d’argent en
aumônes et d’être aimé des juifs eux-mêmes.
Pierre était tout désigné pour
commencer l’évangélisation des païens. C’est à lui, en effet, que
Jésus avait dit : " Je te donnerai les clés du royaume des
cieux, ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu
délieras sur la terre sera délié dans les cieux. " (Matthieu
16:19) C’est avec ces clefs que Pierre ouvrît en premier le Corps de Christ
aux juifs de Jérusalem (Actes 2) puis aux païens (Actes 10). Il n’est pas
présenté par Luc comme le chef de l’Église, mais comme le précurseur, l’avant-garde,
l’éclaireur choisi par Dieu. Pierre disparaît au chapitre 13 des Actes pour
laisser la place à l’apôtre Paul, jusqu’à la fin. Paul devra même
reprendre Pierre qui usa d’hypocrisie devant ses frères juifs au sujet des
païens : " Mais lorsque Céphas vint à Antioche, je lui
résistai en face, parce qu'il était répréhensible. En effet, avant
l'arrivée de quelques personnes de l'entourage de Jacques, il mangeait avec
les païens, et, quand elles furent venues, il s'esquiva et se tint à
l'écart, par crainte des circoncis. " (Épître aux Galates
2:11-12).
Lorsque Pierre se présente devant
Corneille, celui-ci se prosterne à ses pieds. Pierre refuse absolument cette
marque de révérence : " Mais Pierre le releva, en disant,
Lève-toi; moi aussi, je suis un homme. " (Actes 10:26) Dans ses
épîtres, Pierre ne montre à aucun moment qu’il puisse voir une autorité
sur l’ensemble des églises. Il s’appelle " serviteur et apôtre
de Jésus-Christ " et, en s’adressant aux autres pasteurs,
écrit : " Voici les exhortations que j'adresse aux anciens qui
sont parmi vous, moi, ancien comme eux, témoin des souffrances de
Christ, et participant de la gloire qui doit être manifestée… "
(1 Pierre 5:1).
Le dernier élément que nous voulons
relever dans ce récit concerne la conversion de Corneille. Il croyait en Dieu,
il priait continuellement et faisait du bien. Néanmoins, il lui manquait l’essentiel,
le pardon de ses péchés par la foi en Jésus-Christ. C’est pourquoi Dieu l’avertit
par un ange de chercher Pierre qui lui expliquerait toutes choses. C’est en
écoutant la Bonne Nouvelle (le fait que Jésus soit le Sauveur promis,
crucifié et ressuscité pour le pardon des péchés) que Corneille mit sa foi
en Jésus-Christ. Aussitôt, il reçut le Saint-Esprit, ce qui se manifesta
visiblement par le parler en langues (v.46). Ces louanges en des langues
étrangères, dont Pierre avait fait l’expérience quelques années plus tôt
(Actes 2), montraient aux juifs présents que les païens pouvaient aussi
recevoir le Saint-Esprit. Voyant cela, Pierre comprend que les païens ont
désormais un même accès à Dieu et un même salut que les croyants juifs. Il
décide donc de les baptiser. On notera que le baptême suit la foi et la
réception du Saint-Esprit. Il est le symbole et le témoignage visible du
pardon des péchés -invisible- que le croyant a reçu par la foi. Autant le
parler en langues n’est qu’un signe temporaire (on ne le retrouve plus
après cela qu’en Actes 19:6), autant le baptême d’eau est le signe
permanent qui accompagne la conversion (cf. Matt. 28:19 ; Actes 2:38).
- L’élément spirituel.
Trois grandes vérités spirituelles sont
révélées dans ce chapitre.
a)
Celui qui cherche trouve.
Corneille cherchait Dieu, cherchait la
vérité, cherchait la justice. Il avait trouvé le vrai Dieu en Israël, mais
Luc dit que " Corneille priait Dieu continuellement "
(v.2). Cela signifie qu’il demandait quelque chose à l’Éternel avec
instance. Que pouvait-il demander à Dieu ? La suite nous l’apprend.
Lorsque Pierre lui explique la Bonne Nouvelle, il affirme un moment que
" tous les prophètes rendent de [Jésus] le témoignage que
quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon des péchés. Comme
Pierre prononçait encore ces mots… " (v.43) Quand Corneille a
entendu qu’il pouvait être pardonné de tous ses péchés grâce à
Jésus-Christ, il ne lui en fallait pas plus. Il a saisi ce pardon par la foi.
C’est très probablement ce qu’il avait demandé avec tant de ferveur dans
ses prières. Comment être pardonné de ses fautes ? Comment être
purifié dans son âme ? Comment être réconcilié avec le Dieu que nous
avons offensé toute notre vie ? La réponse : par Jésus-Christ, le
Médiateur, le Sauveur, qui a été frappé pour nos péchés (cf. Esaïe 53).
La religion juive telle qu’elle était
enseignée n’apportait pas une réponse aussi claire. On disait :
" Si tu pratiques la loi, tu vivras. " Mais qui peut
pratiquer toute la loi sans jamais pécher ? Et qu’en est-il de mes
transgressions passées ? Le judaïsme (qui avait ajouté beaucoup de
traditions à l’Ancien Testament) proposait des commandements aussi stricts
les uns que les autres, mais Christ a apporté la grâce, le pardon de Dieu.
Jésus avait bien dit : " Heureux ceux qui ont faim et soif de
la justice, car ils seront rassasiés ! " (Matthieu 5:6) Et
Corneille a été pleinement rassasié, lui et sa famille, qui ont démarré
une nouvelle vie avec Dieu.
b) Le Christianisme est une relation
personnelle, pas une religion.
Quel est le contenu du message de
Pierre ? Parle-t-il de commandements à obéir, de lois à appliquer, de
rites ou de sacrifices de pénitence ? Non, il parle d’une personne, de
Jésus-Christ. Il annonce la paix par Jésus-Christ (v.36), la Seigneurie de
Jésus-Christ (v.37-38), la mort et la résurrection de Jésus-Christ
(v.39-40), puis son apparition physique auprès des disciples après sa
résurrection. C’est là un fait majeur : Jésus est ressuscité, il
est vivant. Bien sûr, n’importe qui peut dire qu’il n’y croit pas, que
c’est une invention des hommes, mais personne n’a pu expliquer un certain
nombre de faits en rapport avec la résurrection :
-Le fait que la foule de juifs à
Jérusalem et les milliers de témoins de sa vie et de sa crucifixion n’aient
pas nié la résurrection mais s’est même repenti et converti à lui (Actes
2) ;
-Le fait que les apôtres apeurés lors
de l’arrestation de Jésus soient devenus courageux comme des lions après l’avoir
vu ressuscité, Pierre prêchant à ses compatriotes ses mots très
clairs : " Vous l’avez crucifié, vous l’avez fait mourir
par la main des impies. Dieu l’a ressuscité en le délivrant des liens de
la mort parce qu’il n’était pas possible qu’il fut retenu par
elle " (Actes 2 :23-24) ;
-Les historiens romains totalement
silencieux sur la résurrection, ne cherchant même pas à dénoncer une
supercherie ;
-Le tombeau vide, pourtant gardé par
des soldats aguerris et scellé par Rome ;
-Enfin, des millions de vies changées,
par la foi en Jésus-Christ ressuscité.
La religion que les hommes ont concocté
à partir de cela ne vient pas de Christ. Dieu s’est donné pour avoir une
relation personnelle, directe avec nous. Le fait qu’Il accorde son
Saint-Esprit à tous ceux qui croient en Son Fils, en est une preuve
supplémentaire. Dieu vient habiter dans le croyant. Il vient le
sanctifier par Sa présence. Il le soutient, l’encourage, par le Paraclet,
le Consolateur. L’amour de Dieu pour Ses enfants a été tellement
déformé (au point de massacrer les autres au nom de Jésus) que nous avons
du mal, aujourd’hui, à en comprendre la réalité. Mais les Saintes Écritures
sont toujours là pour nous le révéler.
c) L’Évangile est universel.
On confond souvent les Évangiles
avec le message de l’Évangile. Les Évangiles racontent la vie de Jésus. Le
message de l’Évangile est la Bonne Nouvelle que Jésus nous apporte.
" Je vous ai écrit ces choses, dit Jean, afin que vous croyiez que
Jésus est le Messie, et qu’en croyant vous ayez la vie en son
nom. " (Jean 20 : 31). Tous les hommes, de toute nation et
de toute tribu rêvent d’un Messie, d’un Sauveur. Ce n’est pas un hasard.
C’est parce que depuis le commencement de l’humanité et depuis le premier
péché envers Dieu, notre Créateur a promis un Sauveur qui nous délivrerait
du mal qui s’attache à nous. Cette attente universelle a été déformée
dans chaque peuple, mais la racine reste la même. Ce Sauveur n’est pas
seulement pour les blancs, il n’est pas un occidental, il n’est pas que pour
les chrétiens, il est pour tous les hommes. Car nous avons tous une
conscience qui nous dit que nous faisons et pensons du mal et que le Créateur
amènera tout cela en jugement. Les religions humaines essayent d’apaiser la
conscience par des œuvres méritoires (prières, pèlerinage, purifications,
etc.). Mais la Bible révèle que nos œuvres sont vaines et ne peuvent plaire
à Dieu. C’est Dieu qui descend vers nous, en la personne de Jésus-Christ, et
qui vient payer notre dette lui-même, à notre place. Tout homme, qu’il soit
cultivé ou arriéré, adulte ou enfant, peut le comprendre. Et c’est ce
message que Corneille a reçu de Pierre et que des milliers d’autres ont reçu
et reçoivent encore aujourd’hui dans le monde.
M'écrire
|