La Bulle de Boniface VIII
En 1302, ce pape publia
une bulle déclarant que la soumission au pape était nécessaire au salut de
tout être humain.
Renforcement de l'Inquisition.
L'Empereur Charles
IV succéda à Louis mais se soumit totalement au pape. Cela eut pour effet
d'accroître les persécutions contre les non-catholiques.
Voici le témoignage d'un
de ces chrétiens recueilli par un adversaire (document de 1404 conservé à
Strasbourg) : «Pendant 200 ans, nos églises
connurent des temps prospères et les frères devinrent si nombreux que leurs
conciles réunissaient jus-qu'à 700 personnes et plus. Dès lors, une persécution
intense fut dirigée contre les serviteurs de Christ. Ils ont été chassés de
pays en pays, et cette cruelle croisade se poursuit encore aujourd'hui. Depuis
qu'existe l'Eglise chrétienne, jamais les vrais chrétiens n'ont été autant
traqués dans le monde, tellement qu'en certains pays on ne rencontre plus guère
de saints. Chassés par la persécution, nos frères ont parfois
traversé la mer et rencontré des frères. Mais ne pouvant parler la langue du
pays, ils ont trouvé les relations difficiles et sont rentrés chez eux. La
face de l'Eglise change comme les phases de la lune. Souvent elle est
florissante et les saints se multiplient sur la terre; puis elle semble sombrer
et disparaître entièrement. Cependant
si elle disparaît en un lieu, nous savons qu'elle existe en d'autres pays, même
s'il ne s'y trouve que peu de saints menant une vie pure et unis dans une sainte
communion.
Nous croyons que l'Eglise réapparaîtra, + forte et + nombreuse encore. Le
fondateur de notre alliance est Christ et le chef de notre église est Jésus,
le Fils de Dieu.» Dans ce même document, l'auteur dénonce les croyances
de ces chrétiens : qu'on ne peut être sauvé que par la foi (1 siècle avant
Luther); qu'on puisse prier librement, sans texte imposé; qu'on se serve
beaucoup des Ecritures en langue vulgaire, les mémorisant et les répétant
dans les cultes; la Trinité; la résurrection; le jugement dernier par Christ;
les erreurs d'Augustin et de Jérôme, etc…
La découverte de l'Imprimerie.
Un autre livre, du XIVe
celui-là, retrouvé dans un couvent de la forêt de Bohème où des Frères s'étaient
réfugiés, contient la traduction en allemand du N.T., mais pas à partir de la
Vulgate catholique. Cette traduction a été utilisée plus tard dans
l'imprimerie et par Luther pour sa propre traduction.
La prise de
Constantinople par les turcs en 1453 obligea les savants grecs à s'enfuir vers
l'occident avec de précieux manuscrits en grec qui enrichirent les universités.
Parmi ces manuscrits se trouvaient de nombreuses portions du N.T. qui permirent
de le retrouver dans sa langue originale (et non plus dans l'erronée Vulgate
latine).
Gutenberg imprima en 1436
le premier livre au monde, la Bible. Christophe Colomb découvrait l'Amérique
(où tant de chrétiens allaient fuir) et Copernic le système solaire.
L'impression de la Bible et son étude systématique ne firent que révéler un
peu plus la tyrannie du clergé et susciter un mécontentement général à son
encontre. Erasme, grand érudit hollandais, fut parmi ceux qui s'insurgèrent contre
l'hypocrisie romaine. Il était partisan d'une réforme paisible dans l'église
romaine. Il s'opposera plus tard à Luther et reviendra plus ou moins dans le
giron catholique. Dans l'introduction à son N.T. grec (qui fut diffusé à des
centaines de milliers d'exemplaires) il écrit : «Si nous avions vu le Seigneur de nos yeux, nous ne le connaîtrions
pas aussi intimement que par le moyen de l'Ecriture. Je voudrais que même la +
faible femme pût lire les Evangiles et les Epîtres de Saint Paul. Je voudrais
qu'ils fussent traduits dans toutes les langues, afin d'être lus et compris…
Aussi, la première chose à faire est-elle de les rendre intelligible au lecteur. Je
soupire après le jour où le laboureur pourra en chanter quelques portions tout
en suivant sa charrue…»
Un contexte politique favorable à une réforme.
Le plus grand
bouleversement politique au XVIe siècle fut la disparition totale de l'Empire,
de l'Empereur et du règne papal, et l'émergence d'Etats-nations, indépendants
et gouvernés par un puissant souverain.
C'est ainsi que le
sanguinaire pape Jules vît, avant de
mourir, le roi de France François 1er
lui résister. Le pape Léon
X, irréligieux mais plus "ouvert" lui succéda.
En Angleterre, Henri VIII, favorable
à la Réforme, se rebella aussi contre la dictature papale, comme d'autres
souverains d'Europe lassés de la tyrannie des papes.
Les peuples eux-mêmes,
si longtemps et rudement asservis dans le système féodal, étaient prêts à
soutenir par la force toute révolution politique et religieuse qui les libérerait
du joug catholique. Les frasques du clergé étant parvenus à leurs oreilles,
et la Bible en langue vulgaire se répandant comme des petits pains, les petites
gens et les intellectuels ne pouvaient plus supporter les mensonges, et beaucoup
payèrent de leur vie leur nouvelle foi en Christ contre l'hypocrisie
catholique.
Il ne manquait plus que
le détonateur de la Réforme qui sera découvert par Jean de Staupitz en la personne du moine allemand Martin
LUTHER.
L'intervention
de Dieu.
Ce point dépasse le cadre d'étude de l'historien proprement dit, mais je me permets de le mentionner en tant que pasteur.
Il existe une conjonction remarquable d'événements qui ont permis à la Bible d'être diffusée, proclamée et crue dans toute l'Europe du XVIe siècle. L'imprimerie, la situation politique et religieuse, le bouillonnement culturel et spirituel.
On est étonné de voir un Lefèvre d'Etaples, un Luther, un Zwingli et un Knox se lever à la même époque en proclamant le même message de salut selon la Bible, sans qu'ils ne se soient jamais rencontrés !
Vie de LUTHER
Certains protestants ont
"embelli" la vie de Luther par des faits légendaires, tandis que les
catholiques l'ont couvert d'ignominie. Voici, en tout cas, ce qui est sûr :
Il est né le 10 novembre
1483 à Eisleben (Prusse saxonne) où il mourut le 18 février 1546, à l'âge
de 63 ans.
Ses parents étaient de
très modeste condition, peu cultivés mais dévots. Ils l'élevèrent avec sévérité
(ils avaient 7 enfants), en lui inculquant la prière à Dieu et aux saints, le
respect de l'Eglise et des prêtres, et en l'effrayant par des histoires de
sorcières.
A l'âge de 18 ans, il
entre à l'Université d'Erfurt, la meilleure d'Allemagne. Là, il apprend le
latin, la philosophie scolastique et les classiques grecs. Sa conduite est irréprochable,
et sa dévotion à l'Eglise et à la vierge Marie est profonde.
A 20 ans, il lit pour la
première fois dans une Bible en latin et commence à vraiment s'inquiéter pour
le salut de son âme.
A 22 ans, il décide de
devenir moine et entre au monastère d'Erfurt. Il écrira plus tard qu'il
y est entré par peur de la mort et du jugement à venir. Il voyait la vanité
de ce monde et ne voulait s'occuper que du salut de son âme, dans la
tranquillité d'un monastère.
Le monastère d'Erfurt,
fondé en 1493 par Jean STAUPITZ, vicaire-général
d'Allemagne, suivait la règle d'Augustin. On y vénérait beaucoup la Vierge et
le pape. L'ascétisme et le renoncement y étaient de rigueur. Luther lavait par
terre, quémandait du pain dans les rues, récitait 25 "Notre Père"
et "Je vous salue Marie" sept fois par jour, etc… Luther voulait
gagner le ciel par sa sainteté et surpassa donc tous les moines en prières, jeûnes,
veilles et mortifications. Mais rien de tout cela ne lui apporta la paix de son
âme et l'assurance du pardon de ses péchés.
Jean STAUPITZ, très
influencé par le piétisme catholique, encouragea Luther à regarder aux mérites
de Christ et à exprimer sa repentance, non par des pénitences physiques, mais
par un changement de cœur. Il lui communiqua également sa désapprobation de
la papauté. Il le poussa finalement à sortir du monastère pour devenir prêtre,
docteur en divinité et prédicateur à l'université de Wittenberg.
Avec l'aide de STAUPITZ,
et par une étude systématique des Epîtres de Paul, Luther parvînt à la
conviction que le pécheur est justifié par la foi seule, sans la
pratique de la loi. Cette foi lui apporta la délivrance et la paix qu'il
recherchait depuis tant d'années.
A l'âge de 27 ans, le prêtre
Luther fit un voyage à Rome afin d'y contempler la gloire de l'Eglise. Mais il
fut très déçu par l'impiété et l'indifférence des ecclésiastiques
romains. Ils vivaient dans le luxe et la mondanité, sous les ordres du pape Jules
II qui, à ce moment, revenait d'une certaine ville que son armée (!) avait
prise dans le sang. Quand il célébra une messe, les prêtres romains lui
dirent : "Dépêche-toi d'en finir et de renvoyer son fils à notre
Dame!" Pour dire "idiot" à Rome, on disait "un bon chrétien"…
LE 31 OCTOBRE 1517,
Luther placarda sur la porte de l'église catholique de Wittenberg ses 95 thèses
contre les Indulgences. Ces thèses et le mouvement de protestation parvinrent
jusqu'au pape Léon X qui les méprisa, mais envoya un émissaire en la personne
du dominicain Sylvestre Mazzolini, dit "Prierias". Celui-ci écrivit
une lettre contre Luther, le traitant d'hérétique et l'enjoignant de se
soumettre à l'autorité du pape. Après plusieurs joutes épistolaires, avec
d'autres émissaires et, finalement, avec le pape lui-même, une Bulle
d'Excommunication lui fut envoyée le 15 juin 1520. En réponse, Luther invita
le pape à réunir un Concile sur ces questions, en le traitant d'hérétique
endurci, de blasphémateur et de moqueur de la Sainte Eglise. Puis il brûla
publiquement la Bulle le 10 décembre 1520 devant les professeurs et les étudiants
de l'université.
Mais, comme un cheval
bridé pendant des années s'emballe sitôt qu'il est libre, le mouvement de
protestation lancé par Luther connût quelques extrêmes.
Un groupe appelé
"les nouveaux prophètes" ou "les fanatiques de Zwickau" s'éleva
à Wittenberg. Mené par Andreas CARLSTADT, Nicolas STORCH, et Martin CELLARIUS,
ce mouvement était contre les images, la messe, le célibat des prêtres, la présence
réel-le dans l'hostie et l'aspersion des nourrissons. C'est pourquoi on les a
appelés "baptistes" alors qu'ils n'étaient en réalité qu'anti-pédobaptistes.
Leur tendance au mysticisme (Nicolas Storch prétendait recevoir des révélations
de l'Ange Gabriel) les a finalement discrédité et Luther, par son autorité,
fit cesser les troubles.
En France.
Les protestants français
s'appelaient les HUGUENOTS (nom d'origine incertaine, venant peut-être de
l'allemand eidgenossen qui désignait des révoltés).
Tout commença sous François
1er (1515-1547), ouvert à la culture et fier de faire imprimer les livres les
plus érudits.
En Hongrie.
2 à 3 millions de
Hongrois professaient la foi protestante à cette époque.
En Ecosse.
L'Eglise catholique était
particulièrement corrompue en Ecosse. Cela accéléra la venue du
Protestantisme.
Il y eût d'abord Patrick
Hamilton, étudiant à Wittenberg, qui ramena les idées de justification par la
foi et fût brûlée pour elle en 1528.
En Hollande.
Depuis longtemps sous la
domination espagnole, la Hollande vît la Réforme comme un moyen de devenir indépendante.
Encore une fois, les
hollandais préférèrent le Calvinisme, plus démocratique, au luthéranisme,
favorable au joug d'un prince.
Jusqu'à 1525, les luthériens
gagnèrent la Hollande. Puis jusqu'à 1540, ce fut au tour des anabaptistes, menés
par Menno SIMONS. Mais dès 1560, la majorité des hollandais étaient
calvinistes. Comme quelqu'un l'a clairement énoncé : "Ni
l'obéissance passive des luthériens, ni l'esprit révolutionnaire des
anabaptistes n'attirèrent les hollandais qui leur préférèrent le Calvinisme,
qui leur promettait la libération des tyrans espagnols."
C'est aussi de Hollande
que vînt Jacques ARMINIUS (1560-1609). Il voulût modifier le Calvinisme qui
semblait faire de Dieu l'auteur du mal, et faire des hommes des automates sans
volonté. Il appela à un synode national sur la question mais mourût avant que
celui-ci soit convoqué. Le synode de Dort, en 1619, condamna les idées
arminiennes et scella la doctrine calviniste en ses cinq points TULIP.
Les arminiens furent persécutés jusqu'en 1625 au moins. Au XVIIe siècle,
ce mouvement s'étendît avec le Méthodisme.
D'après les œuvres
d'Arminius, on en déduit qu'il croyait les choses suivantes :
-Dieu
décrète le salut ou la perdition suivant sa prescience
et non suivant sa bon plaisir.
-Les
hommes peuvent résister à la grâce de Dieu.
-Les
hommes sauvés auraient la force de ne pas chuter mais pourrait néanmoins
perdre leur salut.
-L'homme peut initier le
salut de son âme après que Dieu lui ait conféré la grâce première qui
rendrait sa volonté capable de coopérer avec Dieu.
L'historien SCHAFF résume
bien l'antagonisme Calvinisme/Arminianisme : "Le Calvinisme insiste sur la souveraineté divine et la grâce
arbitraire de Dieu; l'arminianisme insiste sur la responsabilité de l'homme. Le premier restreint la grâce
salvatrice aux seuls élus; le second l'étend à tous les hommes pour peu qu'ils
veuillent croire. Les deux sont vrais dans ce qu'ils affirment, et les deux sont
faux dans ce qu'ils renient. Si une vérité importante est appuyée à
l'exclusion d'une autre d'égale importance, elle devient une erreur et perd son
effet sur la conscience. La Bible nous offre une théologie plus humaine que le
Calvinisme, plus divine que l'arminianisme, et plus chrétienne que les deux." (The Swiss Reformation
p.815-816).
En Angleterre.
Henri VIII, roi
d'Angleterre, avait épousé Catherine d'Aragon, veuve de son frère, afin que
la couronne ne perde pas l'immense dot de celle-ci.
En 1534, Henri décréta
l'Acte de Suprématie qui stipulait que le roi d'Angleterre —et no le pape—
était le chef de l'église anglaise. Cela consomma la séparation entre l'église
de Rome et l'église devenue "anglicane".
En Irlande.
L'Angleterre réussît à
s'agréger le pays de Galles et l'Ecosse, mais échoua quant à l'Irlande
catholique. En 1557, des indépendantistes irlandais se révoltèrent contre
leur colonisateur et furent battus. Le Parlement anglais vota alors qu'on
attribue deux tiers des terrains confisqués sur le sol irlandais à des
anglais.