Avec la sortie mondiale du film Da Vinci
Code à grands renforts de promotion hollywoodienne, la question de la personne
de Jésus est remise au devant de la scène. L'engouement pour le livre (40
millions d'exemplaires vendus) révèle un intérêt toujours aussi vif pour la
Bible et la personne de Jésus.
Pourquoi ce succès phénoménal ? Au-delà
de la campagne de marketing bien orchestrée, on
peut y voir deux raisons majeures : c'est un roman policier palpitant, mélange
d'action, de puzzles, de mystères et d'histoire religieuse; mais surtout il
contient des affirmations qui remettent totalement en question la validité de
nos connaissances sur Jésus de Nazareth et le Nouveau Testament.
Plutôt que de croire sur parole les héros de Dan Brown (même s'ils se présentent en "historiens"), j'aimerais que nous cherchions auprès d'historiens sérieux les réponses aux questions du Da Vinci Code.
2. Les premiers évangiles étaient-ils les évangiles gnostiques ?
3. L'Empereur Constantin a-t-il sélectionné des Evangiles?
4. Comment s'est formé le Nouveau Testament?
5. L'Empereur Constantin a-t-il inventé la divinité de Jésus ?
6. Jésus était-il considéré par ses premiers disciples comme un simple maître de sagesse ?
8. Jésus Fils de Dieu est-il une copie de Mithra ?
9. Jésus et Marie-Madeleine étaient-ils mariés ?
12. Le Nouveau Testament dévalorise-t-il les femmes ?
13. La personne à droite de Jésus dans la Cène de da Vinci est-elle une femme, Marie-Madeleine ?
15. Leonardo Da Vinci était-il un hérétique, membre du Prieuré de Sion ?
U
n certain nombre d'universitaires en mal de sensationnel ont ressorti des textes gnostiques comme celui de Judas ou de Thomas en faisant courir la rumeur que ces documents jettent une lumière nouvelle sur la vie et la personne de Jésus et qu'ils ont été cachés jusque-là par l'Eglise de Rome.La réalité est toute autre. Ces écrits gnostiques étaient connus des Pères de l'Eglise des trois premiers siècles et abondamment réfutés dans leurs écrits. On en possédait de longs extraits à travers ces théologiens. Il est vrai, cependant, qu'on ne possédait pas ou peu de copies jusqu'à la découverte de Nag Hammadi en 1945 : 13 livres en copte datant du 4e siècle contenant des évangiles, des apocalypses et d'autres traités religieux. Ce sont les groupes gnostiques qui les ont cachés. Puis ils ont tout simplement été abandonnés lorsque le mouvement gnostique s'est éteint.
Elaine Pagels, historienne des religions à Princeton, a contribué à la polémique en publiant en 1979 son livre Les Evangiles Gnostiques. Sa thèse, reprise par Brown, est que les premiers chrétiens étaient des gnostiques et que l'Empereur Constantin les aurait éliminés en "créant" le christianisme que nous connaissons à travers le Nouveau Testament.
Ces affirmations ne reposent sur rien d'historique. Les gnostiques ont été rejetés par les autres chrétiens à cause de leurs croyances contraires à la Bible. Les apôtres eux-mêmes (Paul dans sa lettre aux Colossiens, Jean dans sa Première Epitre) ont dénoncé les enseignements erronés des premiers gnostiques, les Docètes.
Il n'y a pas eu de complot contre les gnostiques. Ils ont été mis à part par les chrétiens bibliques, comme aujourd'hui les Témoins de Jéhovah ou les adeptes du Graal sont mis à part par les chrétiens traditionnels.
Selon Philip Jenkins, professeur d'Histoire et d'Etudes sur la Religion à l'Université de Pennsylvanie, "le problème avec le fait que les évangiles perdus contiendraient une somme d'informations nouvelles et explosives, c'est que bien au contraire une grande part de ce qu'on a trouvé ne relève pas des origines du christianisme, et ce qui en relève n'est ni nouveau ni explosif." (extrait d'un article publié sur le site web The Bible and Interpretation 2000, avec permission.)
————————————————————–
Les critiques textuels conservateurs datent tous les livres du N.T. du 1er siècle. Leur repère chronologique principal est la destruction de Jérusalem par les armées de Tite en 70 après J.C.. La plupart du N.T. a été écrit avant car il n'en fait aucune mention.
Les évangiles gnostiques, eux, sont datés par les historiens comme venant du 2e au 5e siècle.
James D. Dudd, spécialiste anglais contemporain du N.T. à l'université de Durham (Royaume-Uni), précise que les évangiles apocryphes sont "totalement explicables par ce qu'on connaît du gnosticisme des 2e et 3e siècles".
Les évangiles apocryphes découverts à Oxyrhynchos (Egypte) en 1896 sont tous tardifs (du 3e au 5e siècle).
L'Encyclopédie Britannica précise que "tous les apocryphes du NT sont pseudépigraphes [attribués faussement à un apôtre]. Les mouvements hérétiques gnostiques et montanistes ont produit un grand nombre de pseudépigraphes du NT. L’apparition de ces nombreux écrits a provoqué le processus de canonisation des livres saints au sein de la jeune église chrétienne." (The Evidence for Jesus, The Westminster Press, 1985.)
L'Evangile de Thomas est daté par certains universitaires du 1er siècle. Comme il contient des paroles de Jésus dont la plupart sont très différentes de celles des Evangiles canoniques, ils en déduisent qu'il nous révèle le "vrai Jésus".
C'est l'inverse qui est certainement vrai. Le Jésus de Thomas est totalement imprégné de la philosophie gnostique. De plus, il est impossible de prouver que cet évangile ait été écrit avant l'an 150.
- Le fragment le plus ancien de l’Evangile de Thomas en grec sur le Papyrus Oxyrhynchos 1, est daté entre 150 et 200 environ.
- La mention la plus ancienne de cet écrit vient d’Hippolyte de Rome (entre 222 et 235) dans son rapport sur la secte gnostique des Naasséniens. Vient ensuite une citation d'Origène (vers 233) qui compte cet Evangile parmi les apocryphes.
- L’Evangile de Thomas cite des phrases tirées des autres évangiles, notamment le plus ancien, celui de Jean (dans les Logia 13, 19, 24, 38, 49, 92). C'est une preuve qu'il est plus ancien que les 4 évangiles.
—————————————————————
Dan Brown affirme que parmi 80 évangiles en circulation, l'Empereur Constantin (272-337) en aurait choisi quatre qu'il a inclus dans le N.T. et aurait fait détruire les autres. Il aurait également financé la mise en forme d'une Bible officielle.
Encore une fois, Dan Brown est totalement contredit par l'Histoire. Aucun historien de cette époque ni aucun historien moderne ne mentionne une intervention de Constantin dans la rédaction ou la formation du N.T.. L'Empereur Constantin ne s'est jamais occupé du Canon des Ecritures, et aucun homme en particulier n'a fixé le texte de la Bible.
Ce sont les églises qui faisaient le tri entre les textes écrits par les apôtres de Jésus et les autres textes, souvent des écrits gnostiques qui inventaient une autre histoire de Jésus. Ces derniers n'apparaissent pas avant les années 200 tandis que tout le N.T. était terminé vers l'an 100 ! De plus, on a retrouvé que quelques manuscrits en copte des évangiles gnostiques, tandis qu'on a pu étudier près de 24.000 copies antiques du N.T., un record pour l'Antiquité !
Bien avant la naissance de Constantin, le canon de Muratori (170 environ), énumérait déjà les livres canoniques à l'exception de certaines épîtres encore en discutées. Il nomme aussi des faux (comme une Lettre aux Laodicéens) pour les en écarter. En 397 à Carthage (bien après la mort de Constantin), un concile ratifia le choix fait par les églises depuis près de deux cents ans en fixant définitivement la liste des livres du N.T..
Constantin n'a donc joué strictement aucun rôle dans la fixation du Canon.
—————————————————————
Dan Brown sous-entend dans son livre que la Bible n'est pas venue par l'inspiration de Dieu, "par un fax céleste", mais qu'elle a été construite par des autorités religieuses dans le but d'asseoir leur pouvoir.
Comment s'est donc formé le N.T. ?
Peu après la mort et la résurrection de Jésus, les apôtres ont écrit aux églises sous l'inspiration du Saint-Esprit et ont fait circuler leurs écrits dans les églises (Voir Paul aux Colossiens 4:16, par ex.). Chaque lettre -ou évangile- était ajoutée aux précédentes et lue dans les assemblées chrétiennes. Pierre, dans sa Deuxième Epitre, mentionne les lettres de Paul comme appartenant déjà aux Ecritures inspirées (2 Pierre 3/15-16).
Vers l'an 100, le N.T. était terminé sous la forme que nous connaissons aujourd'hui. Cela est confirmé par des écrits dûment datés qui citent les livres du N.T.: Clément de Rome (96) mentionne au moins huit livres. Ignace d'Antioche (115) sept livres. Polycarpe (108), disciple de l'apôtre Jean, en cite quinze. Irénée de Lyon (185) en cite vingt-et-un. Sans parler de La Didache (100), un recueil d'enseignement des apôtres, de l’Epitre de Barnabas (100) et du fragment de Muratori (170).
La mise en question de certains écrits apostoliques par Marcion (85-160) obligea les chrétiens à définir quels livres étaient inspirés et quels autres ne l'étaient pas. Pour être intégré à la collection des livres du N.T., un écrit devait 1°) provenir des apôtres 2°) ne pas contredire leur enseignement ni celui de Jésus. 3°) confirmer les écrits de l’Ancien Testament.
En 200 environ, Tertullien forgea le nom "Nouveau Testament" pour désigner tous les écrits des apôtres de Jésus-Christ réunis dans le Canon.
C’est en 393 à Hippo et en 397 à Carthage que des conciles d'Afrique du Nord conduits par Augustin ratifièrent le choix faits par les églises depuis près de deux cents ans en fixant définitivement la liste des livres du N.T.
On notera à ce propos que les églises d’Orient, indépendantes de celles d’Afrique du Nord où se réunirent ces conciles, possédaient le même canon, à une exception près, le livre de l’Apocalypse de Jean (controversé au 3e siècle).
Au sujet du canon, Bruce Metzger, professeur émérite au Séminaire Princeton et spécialiste du texte grec de la Bible, explique : "Il faut comprendre que le canon n'est pas le résultat d'une série d'influences politiques dans l'église… Vous voyez, le canon est une liste de livres faisant autorité plus qu'une liste autoritaire de livres. Ces documents ne font pas autorité parce qu'ils ont été choisis; chacun d'eux faisait déjà autorité avant qu'ils aient été placés ensemble." (Interview par Lee Strobel dans Jésus, la parole est à la défense, Ed. Vida)
—————————————————————
L'Empereur Constantin n'a pas décidé que Jésus devienne "Fils de Dieu" au Concile de Nicée ! Il a convoqué en 325 ce concile réunissant 300 évêques pour mettre fin aux controverses violentes entre les partisans d'Arius (l'un des évêques d'Alexandrie) affirmant que Jésus le Fils n'avait pas la même nature que Dieu le Père, et les autres qui croyaient en la divinité de Jésus. Arius fut d'abord banni comme hérétique jusqu'à ce que Constantin aie pitié de lui, le réhabilite et se fasse baptiser par un évêque arien sur son lit de mort. (Voir Histoire du Déclin et de la chute de l'Empire Romain, E. Gibbon, chap. XXI).
En fait, Constantin s'intéressait peu aux controverses théologiques. Son portrait par les historiens révèle avant tout un homme politique avisé qui recherchait la paix dans son Empire.
—————————————————————
Se basant sur les Evangiles gnostiques qu'il croit être antérieur aux autres, Dan Brown suggère que les premiers chrétiens ne croyaient pas à la divinité de Jésus.
Comme à chaque fois, l'histoire démontrer le contraire. Les Évangiles et les Epitres du Nouveau Testament, écrits entre 50 et 90, affirment à plusieurs reprises la divinité de Jésus.
Jean, par ex., cite Jésus disant "Moi et le Père nous sommes un" et ses ennemis voulant le lapider pour blasphème parce que "toi qui es un homme, tu te fais Dieu" (Jean 10/30-33). Partout dans les Évangiles, Jésus est appelé Fils de Dieu.
Thomas adore Jésus en disant : "Mon Seigneur et mon Dieu". (Jean 20/28).
L'apôtre Paul présente le Seigneur Jésus comme "existant en forme de Dieu" (Philippiens 2/6) et "créateur de toutes choses (Colossiens 1/16).
Jean répète encore que Jésus "est le Dieu véritable" (1Jean 5/20).
Les premiers auteurs chrétiens enseignaient aussi l'origine divine de Jésus de Nazareth.
Ignace d'Antioche (30-107) a écrit sur Jésus dans sa Lettre aux Ephésiens qu'il était "Dieu et homme", que "notre Dieu est Jésus-Christ", que "Dieu s'est manifesté en tant qu'homme", que "Christ était de toute éternité auprès du Père".
Justin Martyr (100-165) a défendu vigoureusement la divinité de Jésus dans son Dialogue avec Tryphon en ces termes : "Jésus est digne d'adoration" et "d'être appelé Seigneur et Dieu".
Irénée (130-202), évêque de Lyon, a exposé vers l'an 180 l'unité de Dieu et de Jésus contre les théories gnostiques dans son ouvrage Contre les Hérésies. Il écrit entre autres (Livre III) que Jésus est "parfaitement Dieu et parfaitement homme", qu'il n'est "pas un simple homme… mais Dieu lui-même".
Tatien (110-172) a écrit dans son Adresse aux Grecs (chap.21) que "Nous ne sommes pas fous, ô Grecs, et nous ne répandons pas des légendes absurdes quand nous annonçons que Dieu est né sous la forme d'un homme."
En fait, Dan Brown est en plein contresens quand il essaye d'utiliser les textes gnostiques pour prouver que les premiers chrétiens ne croyaient pas en la divinité de Jésus. C'est l'inverse, car les gnostiques -appelés aussi docètes au début- "reconnaissaient la nature divine du Christ et ne croyaient point à sa nature humaine." (Ibid.)
—————————————————————
Dan Brown reprend l'idée que l'Empereur Constantin aurait déplacé le culte chrétien du samedi (shabbat) au dimanche en l'honneur du dieu soleil.
Il est vrai que dimanche (Sun Day en anglais) était le jour dédié au soleil. Il est vrai que Constantin a décrété en 321 que le dimanche serait férié : "Le jour vénérable du soleil, que les magistrats et le peuple se reposent et que tous les ateliers demeurent fermés. Dans les campagnes, néanmoins, les paysans pourront continuer librement et légalement leur travail d’agriculture parce qu’il arrive souvent qu’un autre jour ne soit pas favorable pour semer ou planter des vignes."
Mais il est faux de dire qu'il ait eu pour but de mélanger le paganisme et le christianisme. Selon les historiens, il voulait "synchroniser les jours de repos entre chrétiens et païens, en donnant la préférence au dimanche" (P. Schaff, History of the Christian Church, vol.2 §75, 1858).
En effet, les croyants chrétiens, païens et autres cessaient le travail à des dates différentes selon leurs fêtes. Dans un souci d'unité impériale, Constantin a décidé de choisir un jour de la semaine qui puisse satisfaire le plus grand nombre. Le Dimanche était parfait car il satisfaisait les chrétiens et les païens (les juifs étant à part). Constantin n'a pas fait de l'Empire un empire chrétien, mais il a travaillé à la tolérance religieuse (voir son édit de 313 qui stipule que chacun peut "adorer à sa manière la divinité qui se trouve dans le ciel"). Il n'a jamais interdit le paganisme au détriment du christianisme.
Le Nouveau Testament apporte la preuve que le dimanche était un jour mis à part par les disciples de Jésus depuis le commencement de l'Eglise. Si la première église à Jérusalem se réunissait chaque jour au Temple et dans les maisons (Luc, Livre des Actes 2/46), en grandissant, elle a commencé à mettre à part le premier jour de la semaine juive (notre dimanche) pour adorer le Seigneur Jésus : "Le premier jour de la semaine, nous étions réunis pour rompre le pain. Paul, qui devait partir le lendemain, s’entretenait avec les disciples, et il prolongea son discours jusqu’à minuit." (Actes 20:7).
Pourquoi le dimanche ? Parce que le Seigneur était ressuscité un dimanche (cf. Marc 16:9).
Bien avant Constantin, le dimanche est appelé dies domini, Jour du Seigneur. L'apôtre Jean l'appelle ainsi en Apocalypse 1/10.
—————————————————————
Dan Brown affirme par exemple que Mithra, un dieu de l'Antiquité, est né un 25 décembre, qu'il est mort en sacrifice, qu'il a été enterré dans un tombeau rocheux et qu'il est ressuscité trois jours plus tard. N'est-ce pas troublant ?
Ça l'est sans doute pour le néophyte que nous sommes. Mais pas pour les spécialistes. Car pour eux, ces éléments n'existent pas !
Mithra est à l'origine une divinité iranienne dont les origines remontent au moins au 15e siècle avant J.C.. Selon les conclusions du Premier Congrès International d'Etudes Mithraïques en 1971 à Manchester, son culte a recommencé sous une autre forme dans l'Empire Romain. Deux spécialistes, John Hinnells de Manchester et R. L. Gordon d'East Anglia, ont affirmé que le Mithraïsme romain était une toute nouvelle religion pour laquelle on avait simplement adopté le nom d'un dieu iranien pour se donner un parfum exotique et un air antique.
Il existe au moins deux raisons pour lesquelles la foi chrétienne n'a pu s'inspirer du culte de Mithra :
- Premièrement, parce que le christianisme est d'origine juive, donc monothéiste et totalement séparé des mythologies païennes.
- Deuxièmement parce que les traits communs cités par Brown sont inventés, déformés ou introuvables, inspirés d'écrivains qui n'ont pas étudié en détail la mythologie.
Phillips, traducteur du NT appuie le propos : "J'ai lu en grec et en latin un grand nombre de mythes mais je n'ai pu trouver dans le N.T. le même parfum. Il n'y a pas d'hystérie, pas d'effets de manche. On y trouve plutôt une candeur presque enfantine, une simplicité qui a un effet énorme." (The Ring Of Truth, 1967).
Il est exact qu'un certain nombre d'éléments païens ont été mêlés aux pratiques chrétiennes. La décadence du clergé et l'intervention de l'Empereur Théodose II a sans doute permis, au Ve siècle, l'entrée de rites et de symboles païens dans l'Eglise de Rome. Certains éléments païens ont été "christianisés". Théodose II, qui a régné de 408 à 450, a ordonné la destruction des temples et leur remplacement par des églises. Cela a inévitablement entraîné les païens à poursuivre leur culte au travers des églises chrétiennes, en remplaçant leurs idoles par des saints.
Mais le christianisme du N.T., fondé par Jésus-Christ et les apôtres, ne s'est jamais inspiré du paganisme et il en est radicalement différent. Le Sermon sur la Montagne (Matthieu chap. 5-7), où Jésus développe l'esprit qui doit régner dans son Royaume, est directement opposé à la pensée païenne de son époque.
—————————————————————
Selon le héros de Dan Brown, Marie-Madeleine était une juive qui a épousé Jésus et qui, après la crucifixion, s'est réfugiée avec sa fille Sarah dans une communauté juive établie en Provence. Jésus aurait voulu lui confier la direction de l'Église. Les premiers chrétiens l'auraient vénéré comme la Déesse Mère, mais le Vatican aurait supprimé son histoire pour la remplacer par celle du Fils de Dieu masculin.
Là encore, en dépit de ses allusions à l'Histoire, Dan Brown est totalement à côté des témoignages historiques. Aucun élément du N.T., aucun élément dans les écrits des premiers chrétiens, des historiens romains, ni aucun élément dans les écrits gnostiques ne fait allusion à un mariage de Jésus ! Tout ce que Dan Brown peut citer sont des écrits mystiques contemporains et les faux documents de Pierre Plantard sur le Prieuré de Sion.
Sans doute Dan Brown s'inspire-t-il vaguement de l'Evangile de Philippe, écrit probablement à la fin du 3e siècle, et qui mentionne un baiser de Jésus sur la bouche de Marie-Madeleine.
Le texte fragmentaire dit ceci : "La Sophia qui est appelée stérile est la mère des anges et la compagne du Fils est Marie-Madeleine. Le Sauveur aimait Marie plus que tous les disciples et l'embrassait souvent sur la bouche. Les autres disciples virent qu'il aimait Marie et lui dirent: 'Pourquoi l'aimes-tu plus que nous tous?'". Le baiser dans le contexte gnostique n'avait rien de sexuel ni de banal : c'était une métaphore de la communion spirituelle. Le même Evangile dit plus haut : "Car c'est par un baiser que le Parfait conçoit et donne naissance. C'est pour cela que nous nous embrassons les uns les autres." Pour les Gnostiques l'expression sexuelle était l'inverse du spirituel, c'est-à-dire vile !
La Bible met toujours le mariage en valeur et plusieurs apôtres, dont Pierre, étaient mariés. Il n'y a pas eu de volonté de cacher un mariage de Jésus. Jésus est resté célibataire, comme le faisait les Naziréens, mais sans doute aussi parce qu'il était venu pour une mission toute particulière, donner sa vie en rançon pour l'humanité.
—————————————————————
Dan Brown fait dire à son héros que Jésus voulait confier l'Eglise à Marie-Madeleine mais que les apôtres jaloux l'en ont finalement empêchée. Il cite à l'appui de sa thèse un autre évangile gnostique, l'Evangile de Marie-Madeleine.
On en possède trois fragments : deux en grec du 3e siècle et un en copte du 5e siècle, soit bien après les Evangiles canoniques.
L'extrait auquel Dan Brown fait allusion se trouve au chap. 17 de l'Evangile. Il fait dire à Pierre : "Est-il possible que le Maître se soit entretenu ainsi, avec une femme, sur des secrets que nous, nous ignorons ? Devons-nous changer nos habitudes, écouter tous cette femme ? L'a-t-il vraiment choisie et préférée à nous ?" En étudiant le contexte de ce passage (Texte en français http://biblethora.free.fr/textesapocryphes/ marie/marie/marie01.html) , on voit qu'il n'est pas du tout question de diriger l'église.
—————————————————————
Dan Brown suggère que Constantin et ses successeurs mâles ont converti le monde à leur idée patriarcale, détruisant la croyance ancestrale en une déesse mère.
Cette affirmation n'a aucun support historique ! Constantin ne s'est jamais occupé de telles choses.
Les textes gnostiques ne mentionnent pas ce culte féminin non plus ! Certains évangiles gnostiques, chers à Dan Brown, sont parfois carrément misogynes, comme la dernière parole de l'Evangile de Thomas (200 environ) :
"Simon Pierre leur dit : Que Marie sorte du milieu de nous car les femmes ne sont pas dignes de la Vie. Jésus dit : Voici que je la guiderai afin de la faire mâle, pour qu’elle devienne, elle aussi, un esprit vivant semblable à vous, mâles. Car toute femme qui se fera mâle entrera dans le royaume des cieux." (Logia 114, texte en français sur http://www.saint-thomas-strasbourg.org/textes_f/evthomas.htm)
Depuis le commencement de l'humanité, la Bible se démarque de toutes les religions païennes qui associent une divinité féminine à une divinité mâle (ex. Isis et Osiris chez les Egyptiens). Elle présente un Dieu unique, ni mâle ni femelle.
—————————————————————
En suggérant que les chefs de l'Eglise ont retiré à Marie-Madeleine son rôle prééminent, Dan Brown veut démontrer que le Christianisme du N.T. est misogyne et hostile à toute sexualité.
Une lecture un peu attentive du N.T. montre le contraire. Si les juifs pharisiens remerciaient le Seigneur chaque matin dans la prière de ne pas avoir été créés femme, la foi biblique fait, elle, un grand honneur aux femmes. Eve, Esther, Déborah, Anne, Sarah, Marie, Lydie, la Samaritaine, etc. sont précieuses aux yeux de Dieu. Jésus a été particulièrement attentionné envers les femmes les plus repoussées de son temps : la femme adultère, les prostituées, une Samaritaine, etc… L'apôtre Paul, dans ses lettres, rend souvent aussi hommage à des femmes qui ont travaillé à répandre l'Evangile (Romains chap.16 par ex.).
Le N.T. est même révolutionnaire pour l'époque. La femme y est égale à l'homme, ayant le même accès à Dieu et des droits importants dans le mariage : "Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ." (Paul aux Galates 3:28).
L'époux, tout en étant désigné chef de famille, est exhorté à "aimer sa femme comme Christ a aimé l'Eglise" (Ephésiens 5/25), et à le manifester au travers d'un respect total (1 Pierre 3/7) et d'une sexualité tournée vers l'autre (1 Corinthiens 7/3-4).
—————————————————————
La fresque de Da Vinci appelée La Cène a été peinte pour le couvent Santa Maria Delle Grazie de Milan où elle se trouve encore. Elle a subi une restauration assez controversée en 1999. Elle dépeint Jésus et les douze au moment de la révélation du traître Judas. Le personnage assis à la droite de Jésus a l'air féminin. Et si c'était Marie-Madeleine ?
Même si c'était le cas – ce qu'aucun historien de l'art ne croit – cela ne changerait rien à l'histoire du christianisme. La peinture de Da Vinci ne montre pas que ce personnage est marié à Jésus ! Le peintre du 16e siècle ne pourrait pas mieux connaître que les témoins oculaires qui étaient avec Jésus à ce moment et on dépeint la scène.
Mais tout porte à croire qu'il s'agit bien d'un portrait de Jean. Plusieurs raisons nous le laissent penser : 1°) L'école de peinture florentine, à laquelle appartenait Da Vinci avait pour tradition de peindre les jeunes hommes sous des traits efféminés, cheveux longs et imberbes. 2°) Le visage avant restauration est plus masculin. 3°) D'autres peintres de la Renaissance, comme Andrea del Castagno (1447)par exemple, ont dépeint Jean d'une façon efféminée.
—————————————————————
Ce qui a suralimenté l'intérêt pour son livre est que Dan Brown le présente comme basé sur des faits historiques. Je le cite en page de garde : "Toutes les descriptions de monuments, d'oeuvres d'art, de documents et de rituels secrets évoqués sont avérées".
Mais si l'on regarde de près chaque élément historique qu'il apporte, que ce soit pour l'histoire de l'Eglise , l'histoire de l'art ou l'histoire de France, Dan Brown assène contre-vérité sur contre-vérité et ne cite quasiment jamais de sources !
Une source cependant, sur laquelle il s'appuie beaucoup, est le Prieuré de Sion. Il parle de documents déposés à la Bibliothèque Nationale, notamment une liste de descendants de Marie-Madeleine et Jésus et une liste des grands maîtres du Prieuré dont aurait fait partie Da Vinci. Ce document existe bien, mais il a été forgé par une bande d'escrocs professionnel menée par Pierre Plantard, condamné en 1953 pour abus de confiance. Il déposa le 25 Juin 1956 les statuts d'une nouvelle association, "Le Prieuré de Sion", qui n'a donc pu exister au temps des Croisades ! Son associé, Philippe de Cherisey, a avoué en 1979 avoir fabriqué ces faux dossiers secrets. (Pour plus de détails, lisez "Code Da Vinci : l'Enquête" de Marie-France Etchegoin et Frédéric Lenoir (Editions Robert Laffont), et "Les Sources Secrètes du Da Vinci Code" de J.-J. Bedu (Editions du Rocher).
Pour la petite histoire, Dan Brown n'a pas vraiment étudié l'Histoire, mais il s'est librement inspiré de l'ouvrage de Michaël Baigent et Richard Leigh, l'Enigme Sacrée (1982), qui avaient eux-mêmes avalé les couleuvres de Pierre Plantard. Le personnage Leigh Teabing reprend d'ailleurs les deux noms de ces auteurs.
Par contre, Dan Brown ne cite jamais les Evangiles, puisqu'ils contredisent ses thèses.
—————————————————————
Nous avons vu au point précédent que le Prieuré de Sion est une invention de Pierre Plantard. Quant aux rumeurs sur les croyances de Da Vinci colportées par Dan Brown, elles sont reconnues fausses depuis longtemps.
La première biographie connue de Da Vinci, de Giorgio Vasari dans sa Vie des Artistes (1550) a, il est vrai, contribué à donner une fausse image de ce peintre. Mais le biographe a corrigé son texte en 1568. En fait Leonardo était, selon les historiens de l'art comme Kenneth Clark, un catholique qui remettait en question certaines pratiques à la suite des réformateurs protestants de son époque. Il n'a pas incorporé de signes occultes ou païen à ses œuvres.
—————————————————————
L'auteur du Da Vinci Code n'a pas fait œuvre d'historien. Il a repris un livre de Michael Baigent qui lui-même avait cru aux histoires rocambolesques de Plantard Saint Clair.
Les évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean sont authentiques et nous dépeignent le vrai Jésus, Fils de Dieu Sauveur envoyé pour mourir en sacrifice pour nos péchés et pour ressusciter victorieusement de la mort.
Pour chacun de nous, face à Dieu, la question demeure : ma vie est-elle en règle ? Sans la foi en Jésus, ma condamnation est certaine. Par la foi en lui, la vie éternelle m'est offerte gratuitement :
"Car le salaire du péché, c’est la mort; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur." (Romains 6:23)