Le cinéaste James Cameron, le réalisateur du fameux film
"Le Titanic", a fait sensation le 4 mars 2007 sur le Discovery
Channel en prétendant avoir retrouvé des ossuaires contenant les restes de Jésus
de Nazareth, de Marie-Madeleine sa femme et de leur fils Judas.
Cette émission a été diffusée sur une chaîne française le 29 mai 2007.

Mis à part le fait que Cameron ait recherché le sensationnalisme en réalisant un reportage choc au lieu de lancer une discussion scientifique, cette "nouvelle découverte" est dans la lignée du Da Vinci Code et des gnostiques révisionnistes de l'histoire de Jésus.
J'aimerais ici, grâce à l'archéologue Jodi Magness et à son article publié dans Biblical Archeology, voir de plus près cette découverte. Jodi possède un doctorat en Archéologie Classique de l'Université de Pennsylvanie et une maîtrise en archéologie et histoire de l'Université Hébraïque de Jérusalem.
Les tombes mentionnées par James Cameron et Simcha Jacobovici
sont en fait des ossuaires découverts à Talpiot (banlieue de Jérusalem) en
1980 par Amos Kloner, archéologue israélien, grand spécialiste de l'histoire
funéraire de cette époque.
Ce dernier avait publié un article sur sa découverte. Il exprime son
désaccord total avec la thèse de Cameron et Jacobovici : "C'est une
belle histoire pour un téléfilm ! Mais c'est totalement impossible. C'est
absurde. Ce n'est pas vraisemblable que Jésus et sa famille aient une tombe
familiale. Ils constituaient une famille galiléenne, sans liens avec Jérusalem.
La tombe de Talpiot appartient à une famille de la classe moyenne du 1er
siècle de notre ère. Jerusalem Post : Mais il semble y avoir
une telle conjonction de noms? Amos Kloner : L'inscription « Jésus
fils de Joseph » a été découverte sur trois ou quatre ossuaires. Ce sont des
noms très courants. Il y a eu, dans les années 1940, des gros titres dans la
presse à propos d'un autre ossuaire au nom de Jésus, qui était donné comme
la première preuve matérielle du christianisme. Il s'agissait d'une autre
tombe de Jésus. Quelques mois plus tard, cela fut réfuté. Donnez-moi une
preuve scientifique et je serai accroché ! Mais tout ceci est fabriqué."
Les éléments archéologiques sont les suivants :
Kloner avait découvert une dizaine d'ossuaires à Talpiot, appartenant à une famille juive du 1er siècle. Selon Jodi Magness, les familles pauvres enterraient les leurs dans des tranchées sous terre, à l'intérieur d'un cercueil, comme on le fait le plus souvent en Occident. Les plus riches faisaient creuser un tombeau dans le rocher, avec une entrée barrée d'une pierre roulée, et plusieurs niches à l'intérieur. Cela correspond exactement à la description du tombeau de Joseph d'Arimathée (homme riche) dans lequel on a placé Jésus après sa mort. Lorsque toutes les niches étaient pleines, on faisait de la place pour un nouveau défunt de la famille en prenant les os d'un mort et en les plaçant dans une boite, un ossuaire, qu'on enterrait ailleurs.
Les archéologues identifient à l'époque le nom de « Jésus fils de Joseph » en araméen sur l'un de ces ossuaires ; le nom de « Maria » transcrit en hébreu sur un autre ; de « Matthieu », de « Yose » toujours en hébreu ; de « Mariamene e Mara » en grec ; et de « Judas fils de Jésus » à nouveau en araméen.
L'interprétation de James Cameron et de Jacobovici est la suivante :
Ils croient qu'il s'agit de la tombe de Jésus de Nazareth pour plusieurs raisons : le nom inscrit est "Jésus, fils de Joseph", ce qui correspond bien au père de Jésus de Nazareth. Le nom "Mariamene e Mara" serait, au 4ème siècle, le nom par lequel on désignait Marie-Madeleine dans les apocryphes comme la Pistis Sophia ou l'Evangile de Philippe (fin 4ème siècle). Selon ces textes tardifs, Jésus l'aurait prise pour compagne et l'aurait appelée "l'Elue parmi les femmes". Elle aurait opéré des miracles et baptisé des convertis. Elle serait morte près du fleuve Jourdain, aux abords de Jérusalem. L'expression araméenne "e mara" sur l'ossuaire signifie "une maîtresse femme", soulignant son autorité et son influence.
Cameron croit qu'il s'agit donc des restes de la famille de Jésus, sa femme Marie-Madeleine et leur fils Judas.
Jodi Magness et Amos Kloner, parmi de nombreux autres archéologues, voient plusieurs problèmes insurmontables dans cette interprétation :
Jodi Magness souligne également le fait que l'interprétation de Cameron contredit complètement les quatre Evangiles du Nouveau Testament qui attestent que Jésus a toujours été célibataire et que ses restes ne peuvent être retrouvés puisqu'il est ressuscité des morts. Les quatre évangiles datent au moins de 60 après Jésus-Christ, comparés au + 300 des évangiles gnostiques. L'historien doit donc privilégier le témoignage des apôtres, témoins oculaires de la mort et de la résurrection de Jésus, sur les interprétations gnostiques venant des siècles après.
L.Y. Rahmani, l'archéologue israélien qui a catalogué tous les ossuaires découverts en Israël, a noté que si l'on plaçait les restes d'un mort venant de l'extérieur de Jérusalem ou de la Judée (comme ce fut le cas pour Jésus de Nazareth en Galilée), on indiquait dessus le nom et la ville d'origine. Pour Jésus le Messie, on aurait donc dû trouver "Jésus de Nazareth" et non "Jésus fils de Joseph".
Amos Kloner relève que « Sur 900 tombeaux de la même époque, retrouvés dans un rayon de quatre kilomètres autour de la vieille ville de Jérusalem, le nom Jésus ou Yeshu a été retrouvé 71 fois et celui de « Jésus fils de Joseph » a aussi été retrouvé ».
Jodi Magness relève que la présence d'un Matthieu dans la famille de Jésus est inexplicable, les frères de Jésus mentionnés dans les Evangiles se nommant Jacques, Joseph, Simon et Jude (Matthieu 13:55).
Elle souligne également le fait que le nom de la femme est écrit en grec "Mariamne" et non en araméen "Myriam". Pourquoi aurait-on écrit le nom de Marie en grec ? Marie de Magdala est désignée sous le vocable grec "Mariamne" au 3e siècle après J.C. et pas avant. De plus, Mariamne ne signifie pas Marie Madeleine.
Au sujet de Marie Madeleine, il faut, là aussi, remettre les éléments à leur place.
Notre première et meilleure source sur cette femme nous vient des 4 évangiles. Marie Madeleine est une déformation du nom de Marie de Magdala, la disciple de Jésus qu'il avait délivrée de sept démons (Luc 8:2). C'est elle qui accompagna Jésus et sa mère jusqu'à la croix (Jean 19:25) et qui vit Jésus ressuscité en premier (Marc 16:9).
Plus tard, la tradition a confondu Marie de Magdala avec la femme adultère sauvée de la lapidation et pardonnée par Jésus (Jean 8:3), avec cette femme de Béthanie qui a versé du parfum sur les pieds de Jésus (Marc 14:3) et avec Marie de Béthanie, soeur de Marthe (Jean 11:1). Ce méli-mélo est responsable de l'invention du personnage de Marie-Madeleine, une ex-prostituée sauvée par Jésus et amoureuse de lui. L'Evangile de Philippe, qui sert de base à l'interprétation de Cameron et Jacobovici, affirme que Marie-Madeleine est la soeur de Philippe (Matthieu 10:3), l'un des douze, et de Marthe. On voit bien que ces évangiles gnostiques partent du récit des 4 évangiles du Nouveau Testament et les déforme en mélangeant les personnages.Enfin, Jean Sylvain Caillou, archéologue français auteur d'une thèse sur les ossuaires d'Israël, résume ses doutes en bon scientifique : « Si les cinéastes de Discovery Channel avaient les moyens de pratiquer des tests ADN, pourquoi n’ont-ils pas systématiquement tenté de retrouver les liens familiaux entre toutes ces personnes ce qui nous éclairerait ? s’interroge-t-il. Et pourquoi n’avoir pas parlé à cette conférence de presse de l’âge des morts que l’on peut déterminer d’après leurs ossements? Est-ce que les ossements de ce Jésus portaient des traces de clous ? Qu’est-ce qui dans l’étude de cette tombe permet d’en préciser suffisamment la datation pour être sûr qu’elle correspond bien à l’époque de la mort de Jésus ? » Autant de questions qui mettent grandement en cause le sérieux de l’entreprise."